‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 122 sur 203 · Un de leurs amis du Comtat · texte numérisé non relu

Un de leurs amis du Comtat

leur prose, tant latine que française, quand elle ne sera pas meilleure que leurs vers ; de railler de la Science moyenne, même d'écrire contre, si l'envie m'en prend. Quoi plus, d'aller voir M. de Montpellier, quand il viendra ici, pour lui demander tel livre de la bibliothèque dont je puis avoir besoin; ou seulement pour lui rendre mes devoirs si je n'ai point de livres à lui demander. Ce sont là aux yeux des professeurs de très grands crimes; crimes pour lesquels ils érigent les gens en Jansénistes. Je prétends commettre ces crimes-là et n'être point Janséniste.

On le voit, la verve le dispute à l'élégance du style ; et l'on sent bien que l'expression vient naturellement sous la plume, poussée sans effort par le jaillissement de la pensée. Qu'on en juge encore par ce portrait brossé à la manière de Saint-Simon ^ :

. Vous verrez bientôt à Paris l'héritier de M. Dacier, le sieur Montelz, son cousin germain, écrivain principal de la marine, petit homme bossu, tortu, horriblement laid, mais tout plein d'esprit, de savoir et d'honneur. 11 est de ce pays, et mon ami. Je lui donnerai une lettre pour vous afin que vous puissiez faire connaissance avec lui. C'est ce magot-là qui aurait fait de beaux livres s'il avait voulu ! Il ne tenait qu"à lui de surpasser son cousin et d'égaler sa cousine. Mais, faute d'ambition, il ne s'est pas soucié de faire du bruit sur le Parnasse. De quoi il s'est soucié, c'est de dépenser son bien en beaux repas, en belles mascarades. 11 a mangé dix successions, et il mangera bien encore celle de M. Dacier. Car, quoiqu'il ait soixante-dix ans, il nen est pas moins philosophe, comme il dit ; et comme je crois qu'il faut dire/ il n'en est pas plus rangé. Son âge viril a ressemblé à sa jeunesse, et sa vieillesse se sent très fort de sa virilité. M. et Mme Dacier l'avaient pris en aversion. Le premier parce que Montelz bouffonne et raille toujours ; l'autre pour cela même et à cause d'une mauvaise habitude que Montelz a en parlant, et qui est de faire régulièrement au commencement et à la fin de toutes ses phrases, et au miheu aussi pour peu qu'elles soient longues, une espèce de grognement ou de hennissement ou d'aboi, car on ne peut dire ce que c'est. Mais c'est trop vous parler de Montelz.

Evidemment les Bernardins, à qui Folard lisait ces lettres, devaient s'amuser prodigieusement de boutades

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