I. Lettre du 19 octobre 1722. Bibl. nat., ms. 19671. Inédit
2l6 LE CHEVALIER DE FOLARD
aussi remarquables, d'autant mieux que le bon chanoine ne reculait devant aucun sujet et ne craignait point parfois la crudité des mots.
Mon frère, écrivait-il un jour ^ mande à M. Daudé que ma dernière lettre à lui a fait fort rire toute lAcadémie. Premièrement, je n'en crois rien. Mais, posé le cas que cela soit, vous me permettrez de vous dire à tous que vous avez ri contre les règles aussi bien que contre mon intention. Mes plaisanteries à M. le chevalier peuvent être admirables pour lui qui est un certain homme d'un certain caractère d'esprit ; elles ne doivent point être bonnes pour vous autres, qui êtes de certaines gens qui ne devez rire qu'à de bonnes enseignes. Je le gronderai de ce qu'il vous les montre, car j'avais stipulé de lui que pour mon honneur il vous en ferait un mystère. Il me parle d'un certain endroit de ma lettre qu'on a eu soin de cacher au Père Scrupuleux. Que m'est-il donc échappé qui pût être capable de scandaliser le Père Scrupuleux ? Je le cherche et ne me le rappelle point. Vous autres gens d'esprit vous pourriez bien avoir mis du mal où je n'en ai point voulu mettre. Quoi qu'il en soit, j'irai bride en main à l'avenir et, comme le nez de Montelz pourrait être pris en quelque mauvais sens figuré, je ne le ferai plus entrer dans mes lettres et je le laisserai tout entier au crayon de M. d'Albery ^ ... Mais dans ces maudites humeurs on s''émanciperait avec les Altesses royales, même avec le Pape. Vous me pardonnerez le passé et, s'il échoit, l'avenir encore.
Et les Bernardins de rire de plus belle, avec Tespoir qu'ils auraient encore beaucoup à pardonner. Car ce qui leur rendait le chanoine particulièrement sympathique, c'est que, tout en refusant de se classer parmi les « appelants », il ne manquait pas une occasion de dauber sur les Jésuites et de railler notamment son propre frère de Lyon, qu'il nommait : « le professeur » ou encore : « le bonze ».
Je reviens au professeur, dont il faut que je vous raconte