I. Bibl. nat., ms. 19O71, publié par M. E. de Broglie
c'est-à-dire le siècle de l'ignorance ». On comprend le thème et l'on devine à quels fielleux développements il prêtait dans l'état aigu où le conflit, touchant la bulle, avait amené les esprits. Les Jésuites espéraient ainsi ruiner le grand ouvrage en préparation, ce Polybe dont l'éminent traducteur n'avait pas encore révoqué son « appel ». Mais l'attaque du Mercure souleva l'indignation de tous ceux qu'un examen attentif mettait à même de constater les falsifications.
Eh bien, mon cher Père, écrivait le chanoine à dom Thuillier', les journalistes ne sont-ils pas de braves gens? Vous devez maintenant avoir lu l'extrait qu'ils ont donné du livre de mon frère ; qu'en dites-vous ? Et qu'en dit M. le chevalier ? Est-il bien en colère ? A-t-il déjà tiré l'épée pour se venger ? S'il m'en croit, il demeurera en repos et me laissera entrer en lice avec ces honnêtes gens à qui j'avais depuis longtemps envie de dire deux mots. M. l'abbé Fléchier est d'avis que je les prêche, disant que les Jésuites ne craignent rien tant que les sermons. Je crois qu'ils craignent encore plus la raillerie. Mais puisqu'ils craignent l'un et l'autre, nous les prêcherons et nous les raillerons.
Puis, comme s'il éprouvait un malin plaisir à exciter encore davantage son frère contre les Jésuites, il s'adresse à lui dans la même lettre.
A Monsieur le chevalier,
11 ne faut pas demander si les chevaliers écument. Aussi ne le demandé-je point ; je m'attends à recevoir demain une lettre où vous jetterez feu et flammes. C'est dommage que je ne la pourrai lire. Depuis un temps votre écriture est si méchante que je ne sais ce que vous m'écrivez. C'est ce qui est cause que je ne réponds pas ici à votre dernière lettre. Songez, je vous prie, que pour être entendu il faut écrire des mots, que les mots sont composés de lettres et que les pieds de mouches ne sont pas des lettres. Je travaille pour vous venger.
On le voit, les esprits étaient fort montés et ce fut toujours là une des meilleures réclames que l'on ait jamais