I. Bibl. nat., ms. f. fr. 19671. Inédit
connues. De fait, la première édition des Nouvelles découvertes s'était épuisée en trois semaines: la seconde suivait avec autant de succès, et quatre officiers généraux, disait-on, avaient été chargés d'examiner les Commentaires de Polybe pour lesquels l'auteur espérait obtenir l'impression aux frais du Roi. Mais l'affaire n'allait point tout droit, car depuis Tannée précédente ('1723) Folard s'était vu priver d'un précieux appui par la mort du Régent qui avait promis pour l'édition un secours pécuniaire. Le pauvre chevalier, très impressionné par le mauvais sort qui s'attachait à son livre et qui même semblait en émaner S avait failli abandonner l'entreprise-.
A présent l'horizon s'éclaircissait, et pourtant une inquiétude subsistait. Quelques personnes avaienten effet conseillé au Roi d'acheter le manuscrit des Commentaires et de le supprimer, afin que les étrangers n'eussent pas à en profiter. Sur quoi Folard s'était écrié :
« Si l'on ne veut pas que j'enseigne aux autres ce que je sais, que Ton me donne un bâton de maréchal de France afin que je l'exécute ^ ! »
En réalité il eût été difficile ou bien coûteux d'user d'un procédé d'étouffement après le succès des Nouvelles découvertes , qui annonçaient formellement Polybe. Par bonheur le Roi, ou plutôt le duc de Bourbon qui avait remplacé le Régent au pouvoir, ne s'arrêta pas à des conseils dont l'exécution eût mis le comble aux amertumes déjà subies par l'infortuné Folard. Mais on traîna l'affaire en longueur et ce fut seulement après la disgrâce du duc de Bourbon qu'une gratification de quatre cents livres fut accordée en date du 22 novembre 1726 à l'auteur des Nouvelles découvertes'*.
I. Bibl. nat., ms. 1Q671, On remarquera en effet que le duc de Bourgogne puis Charles XII et enfin le Régent, qui s'intéressèrent à Po/^-è^, finirent de mort violente, et Ton verra M. Le Blanc, à qui l'ouvrage fut dédié, mourir des suites d'une opération au foie avant l'apparition du quatrième volume.
2 et 3. Musée Calvet, Avignon, ms, 2373. 4. Ministère de la guerre. A. A. G.
Quant aux Commentaires, si leur préparation par les auteurs avançait normalement, leur publication s'était trouvée retardée pour diverses causes. D'abord M. Le Blanc à qui le chevalier, faute du Régent, se promettait de dédier l'ouvrage, avait été envoyé à la Bastille avec le comte de Belle-Isle, tous deux étant compromis, ou du moins tenus pour tels, dans la faillite de la Jonchère, trésorier de l'extraordinaire des guerres. Cette arrestation, comme la suite sembla bien le prouver, n'était qu'une habile manœuvre de la part du duc de Bourbon qui détestait Le Blanc ^ Mais pendant trois ans, ce furent des alternatives angoissantes pour les amis du ministre de la guerre qu'un procès solennel devait enfin laver des accusations d'assassinat. Quant au reste, il ne fallut rien moins que le rappel de M. Le Blanc et sa rentrée dans sa charge pour dissiper les doutes des indifférents et faire taire ses ennemis.
Cette réhabilitation coïncida du reste avec l'arrestation de M. le Duc-. Alors Folard respira et put en toute confiance dédier son livre à M. Le Blanc, dont l'appui lui était acquis de longue date.
Mais une autre raison arrêtait la publication des Commentaires, c'était la difficulté d'obtenir l'approbation et le privilège du Roi, ce qui était, comme on sait, une formalité indispensable à cette époque pour pouvoir faire imprimer en France une œuvre quelconque.
Un certain M. Lancelot, qui avait été chargé du rapport sur les deux premiers volumes soumis à son examen, semblait apporter dans son travail une lenteur désespérante. On doit dire qu'il « semblait » car, en réalité ^ ayant constaté avec terreur que Folard se livrait à des critiques, souvent trop justifiées, contre divers généraux,
1. Affaires de femmes : Mme de Prie était aimée de M. le Duc (de Bourbon) et sa mère, Mme de Pléneuf, était la maîtresse de Le Blanc. Voir toute cette histoire dans : Mathieu Marais, t. III, p. 141.