‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 140 sur 203 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Suite de la correspondance du chevalier avec le chanoine et avec le marquis de Seytres-Caumont. — Folard manifeste l'intention de venir passer quelque temps à Avignon avec le chanoine et fait arranger une maison à cette intention. — Le chanoine parle toujours de ses animaux. — Epitaphe à Jacqueline, la chienne du chevalier, et poésie sur Pipion, chien du chanoine. — Le VI» tome de Polybe égaré. — Désespoir du chanoine. — Succès de Polybe. — La mode des « calottes » reparaît. — Lettre sur l'àme des bêtes. — Le VI» tome de Polybe retrouvé.

— La pension du chevalier ayant été rognée, celui-ci réclame. — La vogue du cimetière Saint-Médard en 1731. — Phénomènes ou miracles?— Les Jansénistes appuient les convulsionnaires et font passer le diacre Paris pour un saint. — Le miracle à rebours de la veuve de Lorme. — Princes et princesses du sang à Saint-Médard. — L'abbé Bécheran s'acharne à vouloir obtenir sa guérison, mais sans succès.

— Le chevalier se laisse emmener à Saint-Médard. — Sa prétendue guérison, que lui-même dément peu après. — En revanche, sa conversion est complète. — Lettre du chanoine au sujet des convulsionnaires. — La vérité sur les plaies et la guérison de Folard. — Saint- Médard fermé par ordre. — Manifestations des convulsionnaires chez eux. — Folard s'exhibe à son domicile. — La police intervient. — Mécontentement du ministre de la guerre. — Le logis de Folard consigné à tout venant. — Admonestation du ministre au chevalier qui offre de rendre sa croix de Saint-Louis. — Sa disgrâce est imminente ainsi qu'une lettre de cachet, quand le comte de Belle-Isle intervient et obtient qu'on lui confie le chevalier, qu'il tiendra en pénitence dans son château de Bizy.

Lorsque le chevalier avait commencé son grand travail, ses frères et ses amis s'étaient plaints parfois de la rareté de ses lettres Mais peu à peu il avait repris ses bonnes habitudes, et notamment à partir de 1728 on constate que sa correspondance devient plus active.

C'est que le tome V terminé allait paraître et que, pour le tome VI, Folard n'avait plus à s'occuper des commen-

taires que le prudent cardinal de Fleury, ennemi des polémiques et des complications, avait fini par lui interdire. Seule, une importante préface devait marquer encore sa collaboration à ce dernier volume ; et la rédaction de celle-ci lui laissait assez de loisirs pour qu'il pût correspondre régulièrement avec le chanoine de Nîmes et surtout avec le marquis de Caumont^.

La plupart de ses lettres sont sérieuses, mais parfois il s'en trouve d'un genre essentiellement badin qui ont « comme un air de famille » avec celles du chanoine de Nîmes et qui dénotent, malgré Tâge de leur auteur, une grande jeunesse d'esprit.

Notre ami N..., écrit Folard au marquis 2, aussi pesant de corps qu'il est léger d'esprit et de style, est ici dans ma chambre et ne s'en ira pas, dit-il, qu'il n'ait mangé ma soupe et pris du café. Il ne se contente pas de cela, il veut absolument se régaler d'un pâté du coq mon voisin et boire de temps en temps à votre santé. Bien entendu que je lui ferai raison plus d'une foi. Je satisferai à tout, monsieur, plus qu'il ne pense. Il y a trop longtemps que je bois de l'eau et j'en ai toute la mine. Croyez que notre ami ne l'a pas meilleure.

Folard explique alors que ce commensal altéré s'amuse fort à « parler bricole » mais qu'il n'y entend rien.

Gardez-vous bien de lui écrire cela, recommande-t-il, vous le décourageriez, car il est en état de faire quelques progrès à force de m'étudier, sinon dans le discours, du moins dans les missives où il vaut son poids d'or, et ce n'est pas peu dire, car il pèse beaucoup, à de telles enseignes qu'hier en ^ passant le bateau, j'eus autant de peine à l'en retirer qu'on en aurait à retirer une meule de moulin de la rivière. Je vous laisse, monsieur, entière liberté de le coyoner là-dessus.

Le voici arrivé à onze et demie précises. Il est pourtant parti à dix heures et il a mis tout ce temps pour venir de la rue Traversière jusqu'à celle de l'Université. j

I. Le musée Calvet d'Avignon possède cette correspondance du chevalier avec le marquis de Seytres-Caumont. Ms. 2374-73.

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