‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 146 sur 203 · août i7;o, ministère la guerre. A. A. G · texte numérisé non relu

août i7;o, ministère la guerre. A. A. G

2. L'église de S aint-Médard est située à l'extrémité de la rue Mouffetard. Le cimetière a été transformé en square en 1873. Quanta l'emplacement du tombeau du diacre Paris, situé encore dernièrement dans un atelier de menuiserie attenant à Léglise, il a disparu depuis l'édification de la chapelle des catéchismes. Le monument consistait jadis en une simple

Les miracles, ou tout au moins les phénomènes qui se produisaient sur le tombeau du diacre Paris, remontaient au mois de mars 1729 ^ A cette époque il y avait eu plusieurs jours d'affluence en l'honneur de ce diacre défunt, janséniste notoire, que sa vie édifiante faisait regarder comme bienheureux par beaucoup de personnes, toutes également jansénistes naturellement.

Mais l'affaire n'avait pas pris alors l'extension que la lutte des partis allait lui donner.

Ce fut en 1731, au milieu de désordres de toutes sortes, suscités par divers conflits entre la Cour, le Parlement et les évéques que le cimetière Saint-Médard reprit une vogue extraordinaire. Voici à ce sujet ce que l'avocat Barbier note dans son journal, au mois de juillet 1731.

« Ma foi, ce M. Paris qui était resté tranquille pendant quelque temps a repris vigueur; depuis deux mois il il y a tous les jours une affîuence étonnante à son tombeau, quelque éloigné qu'il soit à Saint-Médard, faubourg Saint-Marcel. Nombre de carrosses, des hommes comme des femmes, des personnes de distinction. Il y a eu plusieurs miracles qui tombent volontiers sur les gens paralytiques ; le peuple chante de lui-même et entonne le Te Dettm; cela fait grand plaisir aux jansénistes dont le diacre faisait corps. Un frère quêteur capucin s'avisa avant-hier de vouloir badiner sur tout ce monde ; le peuple le chassa et cela suffit pour qu'on ne lui donne plus dans le faubourg. Un prêtre irlandais dit hier matin tout haut : « Voilà bien prier Dieu pour un damné. » 11 pensa être assommé et des gens plus prudents et plus doux le firent sauver dans la sacristie. »

On juge par ces simples faits quelle devait être l'effervescence de tout ce monde, exalté par la vue de ceux qu'on a appelé les « convulsionnaires ».

De fait, il est indéniable qu'il se produisait des guérisons étonnantes. C'était le temps où l'on voyait arriver « une

dalle soutenue par quatre petits piliers qui la maintenaient à deux pieds de terre comme une table.

I. Voir à ce sujet : Une grande dame au XVIIb siècle, ^diX l'auteur. Hachette, i vol. in- 12.

vieille fille de soixante-cinq ans ^ devenue monstrueuse depuis plusieurs années par une hydropisie universelle, perclusedetoutlecôtégaucheparune paralysie complète, estropiée par une ankylose qui lui avait soudé les os de tous les doigts de la main gauche, réduite à l'agonie par plusieurs plaies infectes qui commençaient à faire tomber son corps en pourriture ».

Cette malheureuse, nommée Thibault, dont la description fait un si efïroyable objet de répulsion, fut apportée sur le fameux tombeau le 19 juin 1731. Elle répandait, paraît-il, « une odeur cadavéreuse et empestée » qui venait tant du pli de son bras gauche que des aines et du bas des reins.

Or, au bout d'un quart d'heure son bras paralytique, son ventre, ses jambes, ses pieds se désenflent à la vue des spectateurs, et elle se lève. Dès le premier jour elle n'a plus d'ulcères ni de plaies, et au bout d'une semaine, dit le rapporteur-, elle jouit d'une santé plus parfaite qu'avant le commencement de tous ses maux.

Un peu plus tard, c'est un homme « accablé par une paralysie complète sur la cuisse et sur la jambe, et presque complète sur le surplus de la moitié du corps ».

Sa jambe était « si retirée, si desséchée qu'elle paraissait de trois doigts plus courte que l'autre ». On le couche sur le tombeau le 10 juillet. « Aussitôt, rapportent les témoins, ses os soudés se décollent avec un bruit qui effraie les spectateurs; la jambe desséchée s'allonge et s'étend, et reprend en un instant autant d'agilité, de force et de vigueur que si elle n'avait jamais été paralysée. »

Ce miraculé s'appelait Philippe Sergent.

C'est ensuite la guérison de la demoiselle Coirin. « Q.ui pourra voir sans frémir, s'écrie l'auteur de ce rapport, l'état où était cette demoiselle dans le moment qui a précédé sa guérison ? |

1. La vérité des miracles opérés a l'intercession de M. de Paris (Carré de Montgeron) Epître, t. I.

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