‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 150 sur 203 · I. Avignon. Musée Calvet, ms. ^373, fos 84 à · texte numérisé non relu

I. Avignon. Musée Calvet, ms. ^373, fos 84 à

On ne saurait allier plus solide bon sens à plus de finesse, et, comme on va le voir, à plus de sage méfiance.

Voici en effet une lettre du chevalier, datée du 16 avril 1732, qui jette un jour brutal sur les miracles du diacre Paris. Elle est écrite du château de Bizy au comte de Belle-Isle, et il faut la citer par anticipation afin de montrer immédiatement ce que l'on doit penser des phénomènes de Saint-Médard.

J'attends votre arrivée en ce pays-ci avec beaucoup dimpatience, dit Folard. Vous m'y trouverez tout autre que je n'étais en sortant de Paris. Depuis le 12 de ce mois mes convulsions ont cessé ; je ne suis pourtant pas guéri de mes infirmités ; il y a cependant quelque amendement. J'avais un très mauvais estomac ; tout ce que je mangeais se réduisait en glaires que je rendais avec de violents efforts. Je ne sens plus rien ; ma blessure de la jambe est hors de danger. Cela veut dire, monsieur, que je ne suis point guéri de mes infirmités corporelles. Je n'ai pas beaucoup appuyé sur cette guérison ; je demandais à Dieu ma conversion, je ne soupirais qu'après cela, et lorsqu'on l'a obtenue, on se soucie fort peu du reste.

Dans une autre lettre, écrite un peu plus tard, on apprendra, toujours de l'intéressé lui-même, « que sa surdité est demeurée complète ».

Que deviennent alors, en face d'un pareil document, les assertions, pourtant si fortes et si détaillées, de la lettre relatant la guérison du chevalier? Tout ce qu'a obtenu celui-ci, c'est la foi, ce qui est fort important évidemment mais ne saurait intéresser que lui-même. Son estomac digère mieux et la blessure de sa jambe est hors de danger. Vraisemblablement il y a corrélation entre ces deux heureux effets ; et la bonne assimilation des aliments, suivie normalement d'une meilleure circulation du sang, a pu déterminer seule une cicatrisation qui traînait. Du reste, si cette plaie s'était ainsi éternisée jusqu'alors, c'est que le chevalier avait la manie de la gratter constamment. 11 laissait même croître ses ongles pour se mieux arracher la peau jusqu'à se faire saigner ^

Page 1