‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 156 sur 203 · janvier I73^ Musée Calvet, ms · texte numérisé non relu

janvier I73^ Musée Calvet, ms

tout à coup un prédicateur de premier ordre. Je ne dis pas un La Rue ou un Gaillard, je dis un Bourdaloue, et un Bourdaloue dans toutes les formes,, avec cette circonstance singulière que l'ancien Bourdaloue a peiné beaucoup pour bien prêcher et que le moderne prêche sans presque aucune peine. Le Révérend Père lit et médite deux ou trois heures, ramasse des passages et des raisonnements, met toute cette matière dans sa tête, où il l'arrange en gros et à sa manière, puis monte en chaire, parle cinq grands quarts d'heure, et laisse tout son, auditoire enchanté et ému. Car quels sermons pensez-vous qu'il fasse ? Rien de plus plein, rien de mieux raisonné, rien de plus fort, rien de plus pathétique. Aussi les pécheurs les plus endurcis se convertissent. C'est pourquoi envoyez votre premier consul^ à Arles et, si vous voulez bien faire, allez-y avec lui...

Parlons de mon frère le colonel. On m'a dit qu'il avait entièrement rompu avec vous. C'est aussi ce qu'il a fait avec rrfoi, apparemment parce que je nai pas voulu croire qu'il y eût du miracle dans ses convulsions. Quoi quïl en soit, c'est ici, depuis vingt ans environ, la cinquantième fois que je le perds pour rien. Je vous assure que je ne ferai pas un pas pour le regagner. Je le regagnerais pour le reperdre dans quatre jours, et en vérité ce n'est pas la peine de s'aller rapatrier poui si peu de temps.

C'est cette brouille qui explique pourquoi le chanoine de Nimes n"a point parlé dans ses lettres du voyage que le chevalier fit à Dresde à cette époque, voici dans quelles circonstances. Le comte de Saxe connaissait Folard de longue date. C'était en Suède, auprès de Charles XII, que les deux hommes avaient pris contact et que le futur maréchal s"était entiché, à la lettre, du futur commentateur de Polybe. Sans prendre pourtant le chevalier absolument au sérieux, Maurice de Saxe appréciait son originalité et cette étincelle de génie qui parfois jaillissait de son cerveau parmi quelques extravagances, qu'il fallait savoir éliminer. Il estimait aussi, avec juste raison, l'expérience de ce militaire qui avait suivi tant de campagnes avec tant d'attention et qui tirait

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