Mémoires du maréchal de Berwick, t. II, p
de s'avilir, ils sont secs, fiers, hautains et méprisants. Le Français veut être caressé, et il a raison. Gagnons le cœur du soldat et de l'officier, nous gagnons tout, car alors la rigueur de la discipline et les châtiments ne font rien perdre de l'amour et de la confiance du soldat qui voit qu'on est attentif à son bien.
Je ne manque pas de dire que vous serez un jour un très grand homme, et cela sans façon, et je le sais.
Cette perspicacité, dont nouspouvonsapprécieraujourd hui la valeur, s'exerçait parfois avec une audace extrême et faisait formuler par Folard sur les hommes les plus illustres des jugements que les contemporains, éblouis il est vrai par la gloire de ces hommes, n'auraient même pas songé à esquisser. C'est ainsi que nous pouvons cueillir au passage une curieuse appréciation sur Villars^
Le maréchal de Villars, dit Folard, n'est jamais tombé : il a vécu et il est mort sans avoir baissé ni augmenté ; il ne fut jamais qu'un général très médiocre et je n'ai jamais rien vu en lui qui ne le marquât. Il était heureux et rien de plus. Encore n'a-t-il jamais fait la moitié de ce qu'il pouvait faire ; à peine voyait-il les occasions. Il n'avait aucune partie du général d'armée ; il n'a jamais su la moindre chose dans la tactique, ni vu ce que c'était que marches et manœuvres, et il parlait très mal de guerre... Le maréchal de Berwick n'en savait guère davantage ; l'autre était plus docile et c'est une bonne qualité.
Attendez la fin de cette campagne, vous verrez que M. d'Asfeld ne le cède pas aux deux autres.
// était heureux !.., constate Folard. N'y a-t-il point là un élément dont souvent on ne tient pas suffisamment compte pour calculer le mérite d'un général? et, sans se laisser aller aux tendances modernes de dépréciation à outrance, n'est-il pas permis d'observer en passant que bien des hommes de notre époque ont commis parfois des imprudences que le succès a fait qualifier «d'audacieuses ou de géniales tentatives», alors qu'un échec les aurait ravalées au rang des maladresses ?