‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 170 sur 203 · I. Ministère de la guerre, vol. 3036, p · texte numérisé non relu

I. Ministère de la guerre, vol. 3036, p

pié et il demandait à Belle-lsle le commandement d'un poste quelconque aux abords de son armée.

Vous vous souviendrez, disait-il. du poulailler que je défendis en Italie pendant toute la nuit sans vouloir me rendre, quoique l'on me tirât du canon et que je fusse blessé.

Ce fut justement à cette époque que se produisit en Allemagne l'enlèvement de Belle-lsle et de son frère par les Anglais, en dépit des conventions formelles qui rendaient inviolables les bureaux de poste du roi de Prusse. Malgré les protestations du gouvernement français, trop affaibli, hélas ! sur mer pour appuyer utilement ses paroles, les deux prisonniers furent transférés en Angleterre oii on les garda pendant un an.

Si, pendant ce temps, Folard ne put correspondre avec son protecteur, il eut des compensations du côté du comte de Saxe qui, devenu maréchal lui aussi, marchait de succès en succès.

J'ai reçu, mon cher chevaher, lui mandait-il de Courtrai^ la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le ii de ce mois. Les marques de votre souvenir me flattent infiniment et je m'estimerais heureux de vous avoir avec moi ; mais vous savez, mon cher chevalier, que ces choses ne dépendent pas de nous. Je voudrais bien avoir dans mon armée plusieurs officiers (si cela se pouvait) tel que celui qui défendit la cassine de Moscolini et je vous assure que j'en ferais grand cas.

Le vieux brave s'était donc offert également de ce côté. Il rêvait sans doute une mort glorieuse ; mais Maurice de Saxe n'était pas en état de le satisfaire sur ce point. En revanche il se plaisait à lui conter ses opérations et à lui demander son approbation'.

Cette amicale déférence de la part d'un tel homme devait atténuer chez le chevalier le chagrin qu'il ressentait de se voir vieillir, et l'on peut dire qu'entre

I et 2. Août 1744. Bibl. nat., La. 27, 7674.

Belle-Isle et Maurice de Saxe, Folard au déclin de la vie put encore sentir un frisson de gloire agiter son cœur.

Durant les années qui suivirent, tandis que Belle-Isle défendait la Provence avec succès, Fontenoy (1745), Rocoux ('1746) et Lawfeld (1747) auréolaient le maréchal de Saxe d'un éclat incomparable et. grâce à ces victoires, les alliés se voyaient obligés de demander une paix dont Louis XV, hélas 1 dans sa hâte de se libérer de tout souci, ne sut point profiter.

Quoi qu'il en fût, le traité d'Aix-la-Chapelle, en ramenant le calme en Europe, désorienta quelque peu le vieux Folard dont l'activité cérébrale perdait ainsi son principal objet. D'ailleurs il s'affaiblissait; et la mort du maréchal de Saxe, en 1750, lui porta un coup terrible.

Vous savez, mon cher marquis, écrivait-il alors à M. de Caumont^, combien je suis paresseux à écrire. Cela ne vous doit pas étonner et je le deviens encore tous les jours davantage à mesure que les années passées augmentent. La perte de ma mémoire marche de compagnie avec ma paresse, et si cela continue je crains d'oublier mon nom. Et si je sors de la maison, je crains de ne le point trouver. Le bon est que je n'oublie point mes amis et la perte que je fais de les perdre l'un après l'autre. Voilà le seul sujet de mes douleurs et en vérité je n'en ai point d'autre. La mort du maréchal de Saxe m'a accablé, je vous assure. Quelle perte pour l'Etat !

Il ne fut jamais un plus grand homme ni un plus habile guerrier. Il faut des siècles pour produire un héros de cette espèce, et quand vous fondriez mille ofi&ciers généraux qu'on a créés dans cette guerre, qui sont tous vivants, il ne s'en trouverait pas un qui l'approcherait de la moitié.

Après cette observation curieuse sur la difficulté et la rareté de la formation des grands hommes à travers les âges, le chevalier communique en post-scriptum à M. de Caumont les vers suivants qui sont une épitaphe en

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