‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 176 sur 203 · I. Histoire de Polybe, t. III, p · texte numérisé non relu

I. Histoire de Polybe, t. III, p

qui furent singulièrement profitables aux penseurs militaires. On ne saurait davantage lui reprocher d'avoir cherché la plupart de ses exemples dans les périodes les plus reculées de Ihistoire. La méthode qu'il adopte pour exposer des théories destinées à bouleverser le monde — car, disons-le de suite, Folard fut un précurseur et le véritable créateur de Tordre profond — a été utilisée de tout temps aussi bien par Napoléon que par le capitaine (Gilbert et que par les professeurs qui se succèdent à notre Tcole de guerre et au centre des hautes études. On prend une campagne quelconque en guise de canevas et l'examen des dispositions prises permet des digressions nombreuses et une critique basée sur des faits qui donne un enseignement facile et agréable. Comme plusieurs de ses contemporains, Folard choisit les guerres de l'antiquité, source à peu près inépuisable et d'autant plus commode que les opérations des armées grecques et romaines à effectifs relativement restreints permettent de dégager rapidement les principes essentiels de la stratégie et de la tactique. On se tromperait si l'on croyait que la bataille a été modifiée beaucoup par les progrès de l'armement; les distances ont varié, les fronts de combat se sont étendus, mais le soldat est le même à toutes les époques avec son courage et ses défaillances qui dépendent des forces morales augmentées ou créées par l'instruction et la discipline. Les combinaisons du commandement seront toujours, à peu de choses près, identiques. Les progrès de la science peuvent donner plus vite le moyen de se renseigner ou de précipiter les prises de contact, en concentrant des masses toujours plus nombreuses, mais l'art de la guerre se résume dans la succession des mêmes efforts aussi bien pour le commandement que pour les troupes.

On ne saurait donc critiquer le choix exercé par Folard; lEtat-major allemand revient à cette méthode fructueuse et un bureau de sa section historique s'occupe tout spécialement des campagnes de l'antiquité. Le général von Schliefïen, sur le thème offert par la bataille de Cannes, a publié un ouvrage de tactique des trois armes que tous

les milieux militaires de l'Europe ont étudié longuement et en France, le général Canonge, le colonel Arthur Boucher ont soumis à l'analyse, pour le plus grand profit du public, les ouvrages de Xénophon; mais Folard, en prenant Polybe pour guide, a saisi toutes les occasions d'étendre son examen à l'étude des guerres du moyen âge, de la Renaissance et surtout du siècle de Louis XIV ; et il l'a fait avec une singulière mesure en restant fidèle à son principe fondamental : « Lorsqu'il s'agit de rejeter certains sentiments, il faut auparavant se mettre à l'esprit que le discernement du vrai et du faux étant une chose fort difficile, on doit aller la bride un peu haute, avant que de décidera »

Pour comprendre les conceptions réellement géniales de Folard, il faut évoquer un spectacle de bataille au xvui^ siècle. Les guerres du siècle de Louis XIV s'étaient déroulées principalement dans des régions hérissées de forteresses où les sièges absorbaient la plus grande partie de l'armée ; aussi bien, les campagnes avaient-elles un but très nettement défini : c'était la conquête des territoires qui manquaient à la France pour assurer son unité territoriale, et chaque ville enlevée d'assaut marquait une étape dans la marche de la nation à la recherche de ses frontières naturelles. Sous le règne de Louis XV, la véritable stratégie commence à se faire jour, car la guerre se dénoue en rase campagne par le choc des armées.

Or la stratégie est timide, non seulement parce qu'elle est à ses débuts, mais surtout parce que l'objectif indiqué par la politique extérieure n'intéresse plus l'existence même du Royaume. Qu'il s'agisse de régler les successions de Bavière ou d'Autriche, la guerre est le résultat d'une politique d'intervention et l'armée va combattre, souvent très loin du territoire national ; il faut assurer sa subsistance par des magasins et des convois de réquisi-

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