‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 178 sur 203 · I. La pique fut supprimée en · texte numérisé non relu

I. La pique fut supprimée en

décision ne s'obtiendra qu'en portant un corps sur une aile de l'adversaire, par des cheminements dérobés.

Fractionnées d'une manière invariable en deux lignes, soutenues par des réserves insignifiantes, les troupes n'arrivent à livrer que des batailles indécises. Tantôt le corps de manœuvre, en cherchant à déborder l'ennemi, fait un mouvement à grande envergure, sans liaison avec le gros de l'armée, tantôt la conception réussit, mais alors la victoire est stérile parce qu"il n'y a pas plus d'abordage en masse que de poursuite vigoureuse. L'ennemi vaincu se replie sans autres pertes que celles du champ de bataille ; il va se reformer un peu plus loin, sous la surveillance des troupes légères du vainqueur. L'action n'est jamais poussée à fond, par excès de prudence, et la bataille perd son vrai but qui sera toujours la destruction ou la mise, pour longtemps, hors de cause de l'armée adverse.

Les choses, fort heureusement, ne se passaient pas toujours ainsi. Bien des fois les calculs théoriques étaient mis en défaut par les qualités naturelles de notre race ; en présence de la difficulté, officiers et soldats résolvaient instinctivement le problème en mettant l'épée à la main et en donnant l'assaut. Mais, avant Folard, nul écrivain n'avait envisagé cette méthode parce qu'elle était hasardeuse pour l'armée du Roi, désastreuse pour le patrimoine des capitaines, et tous les semeurs d'idées se contentaient d'un enseignement classique, conciliant les intérêts généraux et les difficultés de faire des recrues.

Cette manière de combattre consistait alors à déconcerter l'adversaire par des feintes et des manœuvres savantes, à ne pas prendre l'offensive sans se garantir, au préalable, la sûreté du nombre, en un mot à ne pas « se commettre ». Le meilleur moyen d'y parvenir était d'attaquer de loin et Folard qui n'est jamais à court d'images heureuses s'écriait ironiquement : « On peut comparer nos batailles à deux armées navales qui se cannonent toute

une journée, qui se coulent réciproquement à fond et sans s'aborder, manière de combattre qui donne véritablement une très grande idée de l'intrépidité et de la valeur des troupes... C'est pourtant cet abord qui convient le mieux au caractère d'une nation active, violente et fougueuse comme la française dont tout l'avantage consiste dans sa première ardeur ^ »

Le choc était, dans l'esprit de Folard, le seul moyen de dénouer l'action et par ce terme de choc, il faut entendre la poussée brutale qui fait s'engager, sans arrière-pensée, une armée bien décidée à l'offensive. On ne doit pas arrêter son élan et limiter sur certains points l'intensité de la lutte, sous prétexte de manœuvres démonstratives. Avec Folard on se bat toujours à fond : « On doit, dit-il, éviter autant qu'il est possible d'engager un combat de détail, qui ne soit plein et entier; il faut qu'il s'étende sur toute la ligne, uniment et tout d'une pièce et qu'aucun ne soit témoin par son inaction des mauvais succès d'une droite ou d'une gauche ou d'un centre, car le moindre accident est capable de décourager ceux qui n'ont pas encore donné-. » On conçoit qu'une armée animée de pareils sentiments ait les plus grandes chances de réussir, mais Folard n'admet pas qu'on limite la victoire à l'enlèvement des positions ennemies ; à ce moment la bataille ne fait que commencer et il nous retrace les diverses obligations qui s'imposent comme s'il avait eu la prescience des guerres napoléoniennes etla vision de la poursuite vigoureuse, après léna :

« Une bataille n'est complète et décisive qu'autant qu'on en sait profiter dès l'instant que la victoire s'est déclarée sans nulle équivoque, qu'aucun corps ne reste en entier, que tout s'enfuit, que tout court à la débandade. Le général victorieux doit biensegarderalorsde faire un lieu de repos du champ de bataille... On doit laisser là tous les blessés, les gros bagages, la grosse artillerie, enfin tout ce qui peut retarder la marche d'un seul

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