‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 18 sur 203 · Bibl. nat., Ln · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Ln

autour de la porte. Il n'entendait point ce qui se passait de l'autre côté, car il commençait à être sourd, mais bientôt il distingua une épée avec laquelle on sefForçait d'éloigner doucement le fauteuil. Il considéra d'abord attentivement cette manœuvre puis, prenant à son tour sa propre épée qui pendait au chevet de son lit, il se leva, courut renverser le fauteuil d'un coup de pied et, ouvrant brusquement la porte d'une main, il pointa de l'autre son arme et fondit sur les individus qui se trouvaient là. Une telle soudaineté dans l'attaque épouvanta les misérables qui se laissèrent rouler les uns sur les autres jusqu'en bas de l'escalier, et la chandelle s'éteignit... Folard, qui n'avait point de lumière à sa disposition, jugea inutile et imprudent de poursuivre ces gens dans l'obscurité. Il se contenta de repousser et de maintenir solidement la porte de sa chambre; puis il alluma du feu avec la paillasse de son lit et des chaises qu'il mit en pièces, et attendit ainsi le jour.

Alors il descendit et. n'ayant trouvé personne, il reprit sa route jusqu'à Soissons...

Cependant le 9 novembre 1700, Louis XIV apprenait à Fontainebleau la mort de Charles II ainsi que la teneur de son testament. Le roi d'Espagne instituait son héritier universel le duc d'Anjou, second de ses petits-neveux dans la branche française.

Il 7 eut quelques jours d'angoissante hésitation et enfin, le 16 novembre, Louis XIV à son lever présenta son petit-fils en disant : « xVIessieurs, voilà le roi d'Espagne. » C'était la guerre à brève échéance. Elle commença avec l'Empereur, et l'affaire se serait promptement terminée sans des maladresses qui rendirent générale la conflagration et amenèrent en quelques années la France à deux doigts de sa perte.

Il est presque sûr que durant la première campagne (1701), qui fut d'ailleurs assez piteuse par la faute de Villeroy, Folard se trouva encore relégué dans quelque forteresse, car on n'entend pas parler de lui, ce qui est absolument anormal. Il n'était point en effet, comme on le verra, de ceux qui se laissent oublier.

Mais, dès ledébutdela seconde campagne, une lettre du comte de Grignan ^ à Chamillart- signale le passage à Toulon de l'actif lieutenant.

A Toulon, 9 février 1702^.

J'ai fait embarquer aujourd'hui le i^"^ bataillon du régiment de Berry qui va à Naples. Il y a dans ce régiment un officier nommé Folard qui, sans avoir été encore que lieutenant d'infanterie, a eu diverses occasions de se faire connaître et estimer... Il demande uniquement d'être mis en lieu d'agir suivant son génie pour la guerre...

Chamillart prit en considération la lettre du comte de Grignan et recommanda au lieutenant général d'Avaray, qui commandait à Naples, d'employer Folard « dans les occasions qui se présenteraient»*. Car, malgré tout, le jeune homme avait dû suivre son régiment dans le sud de l'Italie, et là il trompait Tennui oii le plongeait son inaction en rédigeant des projets sur la formation des troupes et sur l'attaque des places ^

Il les envoyait au ministre et les accompagnait de longues lettres destinées à faire valoir ses capacités, puisque les circonstances ne lui permettaient pas de les appliquer.

Quoique je sois le plus pauvre gentilhomme du ro3'aume, disait-il^, j'aime cent mille fois mieux avoir des honneurs que du bien. Si Votre Grandeur veut bien s'informer à mon colonel, elle verra que je me prive même de mon nécessaire pour me

1. Né en 1632, mort en 1714, il avait épousé en troisièmes noces Françoise-Marguerite de Sévigné. Il gérait alors à titre de lieutenant général le gouvernement de la Provence à la place du duc de Vendôme, écarté pour trop de légèreté.

2. Contrôleur général des finances qui cumulait depuis peu la charge de ministre de la guerre.

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