Traité de la Colonne, p. i
2. Ibid., p. 48. Cette proposition de Folard pourrait être de nos jours sévèrement critiquée, mais au début du xvin» siècle la faible portée des armes et la lenteur de chargement des canons et des fusils la rendaient, dans bien des cas, parfaitement réalisable.
marcher et se servir de leurs armes,.. ^ » La colonne est donc une agglomération pesante de bataillons comptant chacun 400 fusiliers et 100 pertuisaniers sur un front plus ou moins réduit suivant la nature du terrain ; de face et de flanc elle est littéralement « fraisée », pour employer la terminologie de l'époque, par une forêt de piques et la pertuisane de Folard n'a pas moins de onze pieds de longueur.
C'est en réalité la phalange des Anciens, pourvue d'un certain nombre d'armes à feu, mais qui se gardera bien de rechercher la décision par la mousqueterie. Le feu n'est qu'un moyen accessoire de permettre à la colonne de repousser toute surprise et d'arriver sans encombre à l'abordage. Folard se soucie peu des projectiles ennemis : «Je laisse là le feu, dit-il, et je n'en tiens aucun compte"-. » Certes la proposition était nouvelle et bien hasardée, aussi fut-elle vivement combattue et Maurice de Saxe pouvait avec beaucoup de raison prétendre que le maniement de la colonne était singulièrement délicat : « S'il arrive que, par la marche, le terrain ou le canon, les files se brouillent une fois, il n'y a tête d homme qui puisse les mettre en ordre ■^. » La colonne de Folard était un « monstre », mais la plupart de ses contempteurs ne poursuivirent pas plus loin l'étude de son emploi sur le champ de bataille et méconnurent ainsi la plus belle découverte de son auteur.
La colonne en effet n'est qu'un des éléments du dispositif de combat et Folard fut le premier à signaler la nécessité de fractionner l'ensemble. La marche de l'antique ligne de bataille était impossible, il fallait à tout prix la morceler pour plier le mouvement au terrain ; la colonne qui, ne l'oublions pas, pouvait à son tour évoluer tout entière ou se subdiviser « par sections », s'adapte aux accidents du sol et « les corps qui la composent peuvent attaquer et se défendre indépendamment les uns des