Ibid., t. I, p
3l6 LE CHEVALIER DE FOLARD
du chevalier, il l'imposa sans le vouloir à l'attention des foules et à la discussion des écrivains militaires.
Maurice de Saxe, nous l'avons vu, ne le suivait pas dans tous ses raisonnements : « Le chevalier Folard a été le seul qui ait osé franchir les bornes des préjugés : j'approuve sa noble hardiesse. Rien n'est si pitoyable que d'en être l'esclave, c'est encore une suite de 1 ignorance et rien ne la prouve tant. Mais il va trop loin : il avance une opinion et en détermine le succès sans faire attention que ce succès dépend d'une infinité de circonstances que la prudence humaine ne saurait prévoir. Il suppose toujours tous les hommes braves sans faire attention que la valeur des troupes est journalière; que rien n'est si variable etquela vraie habileté du généralconsisteà savoir s'en garantir par les dispositions, par les positions et par ces traits de lumière qui caractérisent ces grands capitaines ^ » Folard voyait les choses de plus haut, car il appartenait à cette pléiade d'auteurs militaires qui n'écrivent pas pour une époque, mais pour toutes les générations à venir. Ce sont à vrai dire des professeurs d'orthodoxie, chargés de prêcher et de maintenir la vraie doctrine que les hérésies ne cessent de battre en brèche aussitôt que l'armée traverse une période de paix ou que l'opinion publique s'affole autour d'une question d'armement. Certes, il ne vint à l'idée de personne de vouloir faire adopter la colonne de Folard mais, après la publicacation de ses ouvrages, nul homme de guerre ne se serait avisé de prôner la défensive, et l'influence du chevalier fut considérable parce qu'elle orienta les esprits dans le droit chemin de la stratégie et de la tactique en leur donnant, avec des principes très simples, la conception exacte des réalités de la guerre.
Résumer l'enseignement de Folard est peut-être une entreprise difficile; ses opinions si personnelles méritent largement qu'on leur consacre une étude plus approfondie, mais enfin le plus sûr moyen de décider la masse des lecteurs, et, plus spécialement, les lecteurs militaires, à