‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 20 sur 203 · Bibl, nat., Ln · texte numérisé non relu

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gentilhomme de moyenne taille et de grande mine, assez mal tenu, mais chez qui la vigueur, l'aisance et une extrême distinction corrigeaient quelque épaisseur dans la tournure et atténuaient l'effet des affreux stigmates dont une terrible maladie avait récemment marqué sa face. Mais s'il lui manquait plusieurs dents et la moitié du nez, son visage s'encadrait de beaux cheveux blonds, légèrement frisés, qui le dispensaient de la perruque ; et puis, il portait l'auréole du chef aimé de ses soldats et, malgré la saleté dont ce grand seigneur tirait d'ailleurs vanité, sans doute par atavisme^ malgré cette face si tristement ravagée par la débauche, il imposait puissamment au soldat, et du premier coup Folard se sentit dominé par la sympathie.

« Monsieur, lui dit le duc de Vendôme, le marquis de Goesbriant vient de me montrer Tordre qu'il a reçu; il faut vous en aller promptement-. »

C'était le retour à Naples, dans l'inaction et l'obscurité; Folard se mit à pleurer... Alors le duc de Vendôme, qui s'y connaissait en hommes, le calma, le consola, l'interrogea, et le jour même il en écrivit à Chamillart^

Comme il m'a paru, disait-il en terminant, que cet homme nous peut être fort utile, je vous prie, Monsieur, de faire en sorte auprès de Sa Majesté qu'elle nous le laisse icy. Je crois qu'il n'y aura pas grand mal quand il y aura un lieutenant de moins au régiment du Berry, et j'espère employer cet officier icy utilement.

Je suis, etc.. .

En réalité, ce qui avait surtout attiré l'attention du duc de Vendôme c'étaient les idées que tout naturellement Folard lui avait développées touchant la prise d'Ostiglia et de Révéré. A mesure qu'il parlait, le général reconnaissait certain projet qui lui avait été envoyé de Ver-

I. Il ne faut pas oublier que le duc de Vendôme était l'arrière-petitfils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées. Et chacun sait que le Béarnais était peu soigné.

3 et 5. Ministère de la guerre, A. H. G., vol. 1684, p. 11,

sailles avec ordre de le faire exécuter par un officier qu'on lui désignait d'avance. Seulement, le duc de Vendôme s'apercevait à présent que bien des détailsimportants, véritables clefs de l'opération, étaient omis dans le mémoire ; et précisément Folard venait combler ces lacunes, jetant ainsi une nouvelle lumière sur la façon de diriger l'entreprise. Le mystère fut vite éclairci, grâce à Goesbriant qui savait à quoi s'en tenir ; et le duc de Vendôme connut alors le véritable auteur du projet. Il comprit du reste en même temps que, si Folard eût été capable de réussir, il n'en serait pas de même avec lofficier désigné. En effet, la tentative échoua; mais Vendôme s'était promis de donner à son protégé l'occasion de la renouveler et, comme on le verra dans la suite, il fut alors prouvé que le projet était réalisable.

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