Ihid., vol. 1783, p
talent une somme considérable pour un pauvre lieutenant, si Ton tient compte de la valeur de l'argent à cette époque, et Ton demeure stupéfait devant cette incurie du Trésor.
J'ai eu un cheval tué sous moi à l'affaire d'Estradelle, écrivit alors Folard au ministre^, et un autre blessé à Castel- Nuovo de la Bormida. On m'a enrichi en promesses pendant que j " empruntais . . .
Cette fois Chamillart, piqué sans doute, s'émut et s'informa auprès du trésorier du corps de Naples.
Mais si Ton finit par payer le «lieutenant», on se refusa à rien donner à « l'ingénieur », « puisqu'il n'y en a pas dans l'armée », déclara froidement le trésorier-.
Cette absence d'un corps dont l'utilité s'est vite imposée est une des particularités de ces armées de la fin du règne de Louis XIV, qui marquèrent si curieusement la transition entre la façon de se battre de l'antiquité et la manière moderne, « C'est que la science du génie, dit fort bien Audouin^, n'avait été considérée jusque-là que comme une branche de l'art de la guerre et que tous les officiers de l'armée la possédaient ou croyaient la posséder. »
On s'en rapportait à l'ingéniosité de chacun.
•Colbert et Vauban étaient pourtant tombés d'accord sur la nécessité de faire toujours diriger les travaux de fortifications par les mêmes officiers, mais ceux-ci continuaient de figurer dans les régiments sans former un corps spécial, et si, un peu plus tard, on reconnut le titre d'ingénieur militaire à des officiers sans troupe, on n'en laissa pas moins ces spécialistes sous l'autorité des généraux ordinaires.
Folard commençait à percer précisément au moment de cette période de flottement où les ingénieurs s'efforçaient de se singulariser afin d'émerger parmi les officiers de troupe et où ceux-ci, désireux de ne point se laisser
1. Le ministre à M. d'Andrezel, 11 oct. 1704. A. H. C, vol. 1774, p. 96.
2. Réponse de M. d'Andrezel, 26 oct. 1704. Ibid.^ vol. 1774, p. 86.