‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 36 sur 203 · I. Poiybe, t. III. p. 534- 3. Quincy, t. II, p · texte numérisé non relu

I. Poiybe, t. III. p. 534- 3. Quincy, t. II, p

remonte à cheval et s'avance au front de combat pour diriger la contre-attaque qu'il venait de concevoir. Mais presque aussitôt son cheval est tué sous lui.

Le chevalier de Quincy nous a tracé en deux lignes un joli croquis de Vendôme à cet instant critique. Le jeune officier qui venait de traverser Cassano et d'y voir, non sans quelque surprise, « les dragons jaunes bien mouillés », cherchait le général en chef pour lui annoncer l'arrivée du régiment de Bourgogne que son énergique petit colonel de dix-huit ans, M. de Soyecourt^, lui amenait à marche forcée, en dépit de l'avis contraire et des objurgations de deux vieux officiers. « Je trouvai M. de Vendôme, dit-il, qui faisait sa disposition pour rattaquer les ennemis afin de les faire repasser le Ritorto ; il était à pied, lépée à la main, son cheval ayant été tué sous lui ; il était couvert de poussière et de tabac -. Les Impériaux étaient à la demi-portée de fusil ; le feu ne discontinuait point. Je dis à ce prince que le régiment de Bourgogne allait arriver. « Monsieur, me dit-il, je suis bien fâché « que votre régiment ne soit pas ici ; vous auriez pris part « à la victoire, car les ennemis ne peuvent pas rester long- « temps où ils sont. »

En effet, la mousqueterie et le tir à cartouches des canons de Cassano décimaient les Impériaux sans qu'ils pussent y répondre utilement, la rivière les séparant du château. Et en face d'eux Vendôme venait de donner à toute sa ligne le signal de l'effort qui allait décider du sort de la bataille.

On vit alors les Impériaux s'ébranler lentement pour

1. Joachim-Adolphe de Seiglière de Boisfranc, dont la mère était Soyecourt, avait relevé le titre de marquis de Soyecourt, les deux frères qui restaient de cette maison ayant été tués à la bataille de Fleuras.

2. Il convient de rapprocher de ce rapport d'un témoin oculaire le récit singulier et invraisemblable de Saint-Simon où Vendôme est représenté en train de déjeuner confortablement pendant une partie de la bataille et où l'auteur insinue qu'ensuite le général, désemparé, songeait beaucoup plus à la retraite qu'à la victoire.

Chéruel a d'ailleurs reproché à Saint-Simon de manifester une malveillance systématique contre les grands chefs et d'attribuer toujours le gain des batailles aux officiers de grades inférieurs.

se retirer. « Ils marchaient à petits pas en faisant halte de temps en temps. Notre infanterie les suivit ^ »

Dès le début de cette contre-attaque le prince Eugène, atteint au cou par une balle, avait dû se retirer. En repassant le pont du Ritorto « il trouva M. Le Guerchois à qui il reprocha de lui en avoir imposé en lui disant que M. de Vendôme n'était point arrivé du Paradiso ». M. Le Guerchois assura à ce général que certainement il n'y était pas lorsque lui-même avait été fait prisonnier. « Eh ! Monsieur, lui répliqua ce prince, M. de Vendôme y est, je ne Lai que trop vu. »

Par l'absence de leur général en chef les Impériaux se virent privés du dernier espoir de ressaisir la victoire ; et leur mouvement de retraite s'accentua. Leur droite subissait d'ailleurs d'effroyables pertes du fait des canons du château, admirablement disposés par M. de Maisonrouge, commissaire d'artillerie. « Leurs décharges emportaient des files entières, dit Folard avec enthousiasme, et d'autres pièces, placées en oblique, faisaient encore un plus grand meurtre ^. »

Les uns après les autres les bataillons ennemis battaient en retraite par le pont du Ritorto, et nos troupes gagnaient à chaque instant du terrain.

Enfin il apparut qu'elles se préparaient à une grande charge à la baïonnette. Mais les Impériaux n'attendirent pas cette redoutable manifestation de la « furie française » et se retirèrent définitivement à Treviglio, c'est-à-dire à trois milles du champ de bataille. Il était cinq heures du soir.

Alors le duc de Vendôme parcourut le front de ses troupes victorieuses. Mais s'il eut la joie de féliciter bien des braves, il eut aussi la douleur d'en voir beaucoup jonchant les prairies. La lutte avait été meurtrière; de nombreux officiers, et non des moindres, avaient payé de leur vie l'honneur d'avoir fait leur devoir, et dix mille

ï. Mémoires du. chevalier de Qiiincy, t. IL p. 121,

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