Polybe, t. III, p
4. C'était un couloir pratiqué dans l'escarpe (c'est-à-dire dans le talus même du fossé) permettant de tirer sur le chemin couvert. Vauban a supprimé ces sortes d'ouvrages, reconnus plus nuisibles qu'utiles.
5 . Cet aide-major n'était pas, selon l'expression moderne, un médecin, mais bien un officier chargé, sous les ordres du major, de l'administration de la place.
Il priait donc Folard de descendre cette nuit même dans le chemin couvert avec Taide-major, sous la protection de deux pièces de canon, qu'il avait fait disposer pour enfiler le fossé de la ville, et d'un peloton de grenadiers de Bretagne, embusqués à côté.
Or, depuis le commencement du siège le temps avait passé et Ton était arrivé, en fin d'année, à l'époque où les brumes font place au froid. Ce soir-là, un clair de lune magnifique éclairait la terre couverte de neige et l'on pouvait distinguer des silhouettes à grande distance.
Folard devait donc s'étonner avec raison que les ennemis pussent songer à une surprise dans de pareilles conditions. Mais on faisait appel à son zèle et, n'y eût-il qu'à se livrer à une simple inspection, il ne fallait pas hésiter. Il partit donc sans défiance en compagnie de l'aide-major. Quelques instants après tous deux étaient dans le chemin couvert et s'avançaientvers un point d'où, en montant sur le glacis, on pouvait, à l'abri de la palissade qui en garnissait le sommet, observer le fossé de la ville, voisin de celui de la citadelle.
Par ce temps si clair rien ne devait échapper à la vue, et Folard allait avoir à se méfier de la sentinelle ennemie qui faisait les cent pas à peu de distance.
Cependant, comme il approchait de l'endroit où il allait abandonner l'abri du chemin couvert, il vit avec surprise l'aide-major se cacher derrière le retour d'une traverse.
« Je ne pus m'empécher de lui dire mon étonnement, raconte-t-il, mais il me répondit que deux hommes étaient plus aisés à apercevoir; qu'il ne s'agissaitpas de combattre, mais de voir ce qui se passait. »
II n'avait pourtant pas besoin de prendre tant de précautions, et, en demeurant simplement à l'abri de la banquette, il n'aurait rien eu à craindre. Folard en fit la réflexion mais sans interrompre ses opérations. Il s'était hissé sur la banquette et s'apprêtait déjà à escalader la palissade, lorsqu'il fut littéralement couvert par une salve de mousqueterie, suivie d'une volée de mitraille dont il sentit le vent au-dessus de sa tête, tandis que des éclats de
bois se déchiquetaient autour de lui et que son justaucorps était déchiré en plusieurs endroits.
C'était l'artillerie du château et les grenadiers de Bretagne qui venaient de tirer si malencontreusement, afin, déclare Folard sans ambages, de confondre leurs coups avec ceux des gens apostés pour commettre le crime.
Alors le petit capitaine se mit à hurler « qu'on faisait une mauvaise action et digne des coquins qui s'en mêlaient ». Puis, pour s'assurer qu'il était bien seul en jeu, il escalada prestement la palissade et courut sur le glacis le long du fossé sans se soucier de la sentinelle ennemie qui, dans sa stupéfaction, ne songea même pas à tirer sur lui.
Bien entendu il ne vit personne et il constata que du côté des Impériaux tout était silencieux. Lorsqu'il revint sur ses pas, il ne trouva plus l'aide-major et il ne s'en étonna point, car dans sa fureur il lui avait crié qu' « il se vengerait sur lui de la maladresse du canonnier » ; et il pensait bien que le personnage n'attendrait pas la réalisation de sa promesse.
Par exemple, en rentrant à la citadelle, il courut se plaindre au gouverneur d'une action qu'il qualifiait hautement de « basse et de lâche ». On peut juger qu'avec sa nature impétueuse il ne dut guère tenir sa langue et qu'il conta l'affaire à tout venant avec assez de chaleur pour que la garnison partageât son indignation.
Chose étrange, le gouverneur ne fit comparaître ni l'aide-major, ni l'officier qui avait commandé le feu ; et malgré l'importance de l'incident, Chibert ne se montra pas. Par contre, il n'y eut point de politesses et même de bassesses, assure Folard, que M. de Bar ne lui fît pour l'apaiser. Finalement le petit officier, conseillé par ses camarades de Vexin, fit mine de se tenir pour satisfait, « de peur, a-t-il écrit, qu'on ne prît d'autres voies plus fines que la première ^ ».
Mais le gouverneur n'en poursuivit pas moins ses menées, et voyant que, sauf un très petit nombre, les