‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 47 sur 203 · I. Polybe, t. III, p · texte numérisé non relu

I. Polybe, t. III, p

officiers de la garnison étaient décidés à se bien défendre, il se résolut à un étrange parti et envoya secrètement demander à l'ennemi une conférence sur le glacis de la citadelle.

Or, depuis la prise de la ville, M. de Wesel, estimant sa présence inutile en face d'un gouverneur aussi mou, s'en était allé, laissant le commandement de ses troupes à un simple colonel, M. de Wallis. Celui-ci avait alors auprès de lui un certain Montigni, officier déserteur de nos armées, devenu par la suite aide de camp de M. de Langallerie, un autre Français que l'ambition avait fait passer aux Impériaux^.

Ce fut ce Montigni qui se rencontra sur le glacis avec M. de Bar et avec Folard. Car le gouverneur, qui craignait ce diable de petit homme, lui avait demandé de l'accompagner en lui faisant croire que Tentrevue en question était simplement une habile démarche destinée à leur permettre de percer les desseins de l'ennemi.

Mais une fois sur le glacis, après avoir embrassé Montigni, il le tira à lécart et lui dit à l'oreille ^< qu'il avait un très grand désir de se rendre mais qu'ayant affaire à des officiers mutins et désobéissants, il ne voyait point d'autre expédient pour finir cette affaire que le siège de la citadelle, sinon dans les formes, puisque les assiégeants manquaient de monde, du moins par le bombardement de quelques pièces de canon. Il promettait de faire en sorte que l'artillerie de la place se tînt en repos et il assurait qu'il capitulerait pour peu que la brèche fût ouverte ».

Tel est du moins le sens qu'a donné Folard à ce chuchottement dont il fut témoin, mais dont il ne put vraisemblablement saisir que des bribes, à cause de sa surdité

I. « C'est un homme arrivé de lui-même, a dit de lui le duc de Noailles, et qui veut un commandement. Il n'est pas permis d'avoir un autre avis que le sien sans s'exposer à ses emportements. » Il déserta en 1706 et fut condamné à être pendu, tandis que ses biens confisqués étaient donnés à sa soeur. Il se fit d'ailleurs détester successivement du prince Eugène et du roi Auguste de Pologne, et finit par se faire protestant, ce qui ne l'empêcha pas de comploter avec les Turcs. Mais l'Empereur le fit arrêter, et Langallerie mourut de chagrin après un an de captivité (20 juin 1717).

déjà fort accentuée . Il est du reste non moins vraisemblable que le gouverneur avait bien escompté pour lui-même l'avantage de cette infirmité quand il avait réclamé la présence du petit ingénieur. Quoi qu'il en soit, si les propositions présumées ne furent pas cyniquement formulées, il est certain qu'on en fit de similaires, car les événements ont péremptoirement démontré les eflforts constants du gouverneur pour aboutir à une capitulation sans nécessité. C'est souvent par les plus petits faits que se dévoilent les plus importantes actions et, dans l'espèce, en voici un qui établit sinon la trahison, du moins la mauvaise foi du gouverneur. La principale défense de celui-ci contre les accusations de Folard a toujours été la pénurie des poudres. Or, quoiqu'il en eût laissé bien sottement noyer une partie, il en restait encore en abondance puisque, le 17 janvier, il n'hésita pas à en faire brûler trois milliers^ pour célébrer la Saint-Antoine en l'honneur du commissaire Chibert qui portait ce prénom-.

Cependant les ennemis, confiants dans les intentions conciliantes du gouverneur, avaient dressé deux batteries, sans prendre souci d'ouvrir la tranchée du côté de la campagne, ce qui était l'indice d'un simulacre beaucoup plus que celui d'un siège sérieusement entrepris.

Il fallait pourtant que la citadelle parût se défendre, et quand l'ennemi commença à tirer, le gouverneur accorda que l'on ripostât. Seulement, quoiqu'il y eût plus de vingt mille écus en caisse, on n'en accorda pas un seul pour le travail d'installation des canons qu'il fallait déplacer.

Mais Folard disposait de deux forces plus précieuses que l'argent : l'entrain et le prestige. Les soldats le servirent pour rien, pour le plaisir, pour la gloire... et le petit ingénieur établit si bien ses batteries qu'en peu de temps celles de l'ennemi « furent en désordre ». Elles auraient même été réduites au silence si M. de Bar n'avait envoyé du fond de son souterrain l'ordre de cesser le feu, pré-

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