‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 5 sur 203 · et 5 . Musée Calvet, ms. 2130, fol · texte numérisé non relu

et 5 . Musée Calvet, ms. 2130, fol

Cependant les garçons furent mis au collège. Jérôme, dont nous aurons surtout à nous occuper, puisqu'il fut le père du chevalier, fit assez mal ses premières études. Sa trop grande vivacité le rendait incapable d'application en philosophie. Pourtant, « cet esprit tout de feu commença à se rasseoir, et, s'étant appliqué tout de bon, il laissa bientôt derrière lui tous ses condisciples parmi lesquels était son frère aîné ^ ».

En 1651, les deux Folard, ayant achevé leur cours de droit, prirent ensemble le bonnet de docteur. Mais tandis que Pierre s'en allait à Paris, pour entrer dans un séminaire, Jérôme, demeuré en Avignon, se voyait en butte à toutes sortes de duretés de la part de sa mère. Celle-ci. désireuse évidemment d'augmenter le patrimoine de Nicolas et de Rose, voulait forcer Jérôme à entrer en religion ou à se faire soldat.

Mais le jeune homme avait du caractère ; il regimba et bientôt sa mère, lassée d'une résistance qu'elle sentait légitime, le laissa se diriger à sa guise.

« Sa curiosité le portant à tout, il s'appliqua à tout, dit naïvement un de ses amis^ : à la physique, aux mathématiques, à la médecine, à la théologie, aux belles-lettres, à l'éloquence. »

Au point de vue atavique, pour sa descendance, cette indication est précieuse, car si son fils ne fit point d'aussi fortes études, il fut également, selon l'expression courante, un peu « touche à tout ». On retrouvera aussi dans le caractère du chevalier une nuance d'amertume, souvent dégénérée en manie de la persécution, dont l'origine peut être attribuée à l'absence de tendresse dont Jérôme eut à souffrir de la part de sa mère. De telles anomalies maternelles laissent chez les enfants de profondes empreintes dont les descendants portent parfois des traces qui étonnent, car on ne regarde guère au delà d'une génération.

Mais les qualités dominantes des hommes de cette famille furent une facilité merveilleuse d'assimilation et

I et 2. Musée Calvet, ms. 2150.

une activité prodigieuse. Pour Jérôme, il fit d'abord fausse route dans le domaine de Téloquence. « Lui, qui fut ensuite le grand ennemi de l'emphase, du faux brillant, du style trop recherché, s'était laissé éblouir aux manières de Pline, de Sénèque, de Lucain et de Balzac. Un mot que lui dit un célèbre M. de Saint-Geniès^ commença de lui ouvrir les yeux; etla lecture de Xénophon, deTérence et de Cicéron acheva de le ramener-. »

Bientôt Paris exerça son mirage sur ce jeune homme à qui une culture profonde et un esprit très vif permettaient de beaux rêves d'ambition, et en 1654, à vingt-trois ans, Folard quitta Avignon pour la capitale de la France. Grâce aux excellentes relations de Saint-Genièsavec Chapelain ^ il fut immédiatement introduit dans la société de l'Hôtel de Rambouillet et reçu chez Mlle de Scudéry, cette « institutrice de la société à ce moment de formation et de transition », a dit Sainte-Beuve avec son admirable justesse. Il est certain que la fréquentation chezl'intelligente personne, qui se défendait d'ailleurs détre un bel esprit ou une femme savante, exerça la plus heureuse influence sur la préparation intellectuelle de Folard.

Si l'on veut bien se souvenir que chez la « Sapho du Marais»', selon l'expression de l'époque, fréquentaient les hommes de la plus haute valeur et aussi les femmes les plus distrayantes malgré leurs aspirations scientifiques, on comprendra que Jérôme se soit lancé à corps perdu dans ce monde singulier où sa raison et sa jeunesse trouvaient succesbivement à se satisfaire.

Mais de telles fréquentations n'étaient point du goût de

1. Poète français, né le 12 septembre 1607 à Avignon, mort le 26 juin 1663 à Orange. Il était fils d'un jurisconsulte, primicier de l'université d'Avignon en ib2i. C'était un homme d'esprit solide, éclairé et d'une rare modestie : un des meilleurs poètes latins de son époque, a dit Chapelain.

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