‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 51 sur 203 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les dessous de l'afFaire de Modène. — Le prince de Vaudemont et ses nièces. — Puissances auxquelles va se heurter Folard. — Lettres de Chibert au ministre, accusant folard de négligence et d'incapacité.

— Défense énergique de l'ingénieur. — Examen critique des divers témoignages. — Hypothèse des ordres secrets. — Il fallait à tout prix ménager les troupes. — Le prince de Vaudemont se trouve gêné par les ordres qu'il a donnés et veut imposer le silence à Folard. — L'affaire de Modène est momentanément abandonnée grâce à l'ouverture des hostilités. — Campagne de 1707 en Italie. — Le régiment de Quercy au Pas-de-l'Ane. — Folard propose d'enlever le bourg de Chaumont. — Joli coup de main exécuté par lui avec quarante-cinq grenadiers. — Fureur du prince Eugène. — Vendôme obtient que Folard vienne le rejoindre pour servir sous lui en Flandre. — L'affaire de Chaumont est contée par le maréchal de Tessé à Louis XIV qui octroie 400 livres de pension à Folard. — Celui-ci réclame au ministre le règlement de ses avances. — Difficultés pour obtenir de M. de Bar un certificat nécessaire. — Intervention de M. de Goesbriant qui menace M. de Bar d'une action énergique contre lui et contre Chibert. — M. de Bar donne le certificat et cesse ses attaques.

— Mémoire de Folard qui impressionne fortement le ministre en sa faveur et met fin à l'affaire grâce à la promesse que Chamillart fait à Vendôme de s'occuper de son protégé.

Le prince de Vaudemont, qui semblerait à première vue n'avoir joué dans l'affaire de Modène qu'un rôle secondaire et simple, en fut en réalité la cheville ouvrière et très probablement il contribua plus que tout autre à enchevêtrer les fils, quand il s'agit l'année suivante d'arriver à une solution qui donnât satisfaction à Folard.

Au surplus, ce personnage offre un type curieux, spécial à son époque, et son originalité vaut la peine qu'on s'y arrête au passage.

Il était fils de Charles IV de Lorraine « et ami de tous

les partis, fidèle à aucun, souvent dépouillé de ses États et tantôt les abdiquant puis les reprenant, tantôt en France avec les rebelles, puis à la Cour, tantôt à la tête de ses troupes, sans feu ni lieu, qu'il faisait subsister aux dépens d'autrui et y vivant lui-même ; d'autres fois au service de la Franceytpuis de l'Empereur, après de l'Espagne, souvent à Bruxelles, enfin enlevé et conduit prisonnier en Espagne »^

Ce bohème du trône avait eu son fils de Vaudemont d'une singulière façon. N'ayant pas d'enfants de sa première femme, qui était sa cousine Nicole, il la fit passer pour morte à Bruxelles tandis qu'elle se portait fort bien loin de là, prit le deuil et, quatorze jours après, épousa la veuve du comte de Cantecroix dont il était amoureux. Le plus admirable c'est que, même après la découverte de la fourberie, ce bigame continua de tenir la duchesse Nicole pour morte et de vivre avec l'autre à la face du monde.

Son fils, le prince de Vaudemont, avait commencé par commander un corps d'armée contre nous sous le prince d'Orange, et il avait eu pour adversaire Villeroy, dont il se piqua par la suite de devenir l'ami. Hardi jusqu'à l'inconvenance, il avait fait ensuite sa cour à l'Autriche en tenant publiquement des propos irrespectueux contre Louis XIV, au point que celui-ci l'avait fait expulser de Rome à ce sujet. « La Toison d'Or, raconte Saint-Simon, grand d'Espagne, prince de l'Empire, capitaine général, tout lui fondit alors rapidement sur la tête. » Finalement il avait été nommé gouverneur du Milanais grâce à l'influence momentanée de l'Empereur sur le roi d'Espagne, Charles IL Mais, lorsqu'après la mort de celui-ci Vaudemont avait cru probable le succès des armes françaises, il n'avait pas hésité à faire proclamer Philippe V en Milanais et à tirer parti d'un si beau zèle pour se faire pardonner par Louis XIV son incartade passée. Par contre d'ailleurs, son fils devenait feld-maréchal de l'Empire. « Ainsi, dit Saint-Simon, Vaudemont prospérait des deux

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