I. Saint-Simon, t. III, p. 113. Garnier, édit
côtés, et le Roi lui savait toujours le meilleur gré du monde. >/ Mais on conçoit difficilement cette situation du père et du fils engagés dans une guerre ou leurs intérêts devaient être contraires. Celui de Vaudemont, il est vrai, consistait surtout à vivre sur un grand pied et à faire fortune quand même. Son désir de mettre ses millions à couvert ne fut pas étranger à sa conduite, et s'il parut à des gens peu renseignés que Vaudemont était héroïque en préconisant l'abandon de l'Italie, c'est-à-dire l'anéantissement de sa situation, d'autres, comme Saint-Simon, discernèrent que c'était là une manœuvre fort habile.
Quant à l'homme, l'auteur des Mémoires le présente ainsi : « Affable, prévenant, obligeant, attentif à plaire et à servir et qui ambitionnait l'amour du bourgeois et de l'artisan à proportion autant que des personnes les plus distinguées^. » Mais voici qui complète le croquis : « Un beau visage et grande mine, des yeux beaux et fort vifs, pleins de feu et d'esprit ; aussi en avait-il infiniment, soutenu d'autant de fourbe, d'intrigue et de manège qu'en avait son père-. »
Outre ce fils, Charles de Lorraine avait eu une fille qui était devenue en 1660 comtesse de Lislebonne. Or, des quatre enfants^ de cette sœur du prince de Vaudemont, deux filles, Mlle de Lislebonne et la princesse d'Espinoy, furent certainement mêlées à l'afifaire de Modène, ainsi qu'on pourra le constater dans la suite.
Saint-Simon les montre sous un jour plus favorable que leurs ascendants, mais il ne cherche pas à dissimuler la liaison singulière de l'aînée avec le chevalier de Lorraine, non plus que l'esprit d'intrigue de ces deux femmes dont les silhouettes élégantes et assez sympathiques se dressent curieusement, à Marly et à Versailles, derrière le groupe sévère de Mme de Maintenon et du grand souverain dominé.