‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 54 sur 203 · et 2. Ministère de la guerre, vol. 204Ô, p · texte numérisé non relu

et 2. Ministère de la guerre, vol. 204Ô, p

LE CHEVALIER DE FOLARD lOI

plus tôt que l'on n'aurait dû, à quoi non seulement je n'aurais pas été d'avis, comme je l'ai été, de capituler quand M. de Bar l'a jugé à propos, mais je m'y serais opposé plus fortement que personne si j'avais cru que cette place eût pu tenir encore.

Plus loin, il parle des « extravagances de Folard » et termine enfin dans le même style confus et incorrect en disant que M. de Bar dut capituler en dépit des raisons que donnait Folard.

Celui-ci avait eu vent des accusations que Chibert portait en haut lieu contre lui et, de son côté, il se défendait avec vigueur^

Je me jette aux pieds de Votre Grandeur, écrivait-il au ministre, pour le supplier d'ordonner un Conseil de guerre pour faire voir à toute la terre que je suis sans reproche, comme toute l'armée le sait, et digne de louange.

Je mérite d'avoir la tête tranchée si je n'ai rien avancé que je ne prouve par toute la garnison et par ceux mêmes qui ont opiné de se rendre. Si pourtant Votre Grandeur m'ordonne de me taire là-dessus et qu'Elle ne trouve pas bon que j'en parle davantage, je me tairai sans mot dire.

C'est ici le moment d'examiner trois hypothèses : Folard, dans son récit et dans ses rapports, a-t-il altéré partiellement la vérité? ou bien a-t-il menti complètement ? ou enfin s'est-il exprimé en toute sincérité?

On peut immédiatement éliminer la première hypothèse, car les faits dénoncés par Folard et ceux que raconte Chibert présentent une opposition trop absolue pour qu'une version mitigée puisse trouver place entre eux.

Et puis, on conviendra que l'admission d'un seul des griefs que fait valoir Folard contre le gouverneur et Chibert constituerait la condamnation de ses adversaires. Il n'y en a pas un en effet qui ne trahisse le désir très net d'entraver la défense de la place. L'enclouage des pièces notamment, s'il ne fut pas exécuté par ordre supérieur, devait entraîner une enquête et un châtiment.

I. Ministère de la guerre, vol. 2046, p, 243. Mantoue, 5 mars 1707.

Or, il n'en fut rien et puisqu'il est ainsi permis de croire que la mesure émanait bien de M. de Bar, elle devient pour lui gravement compromettante, car elle fut trop ridiculement prématurée pour être justifiée.

Autre chose : à cette époque où les soldats n'étaient enrôlés que pour se battre, il était d'usage de les payer pour les travaux supplémentaires. Lorsqu'il fallut procéder dans la citadelle à des terrassements, afin d'établir des batteries en bonne place, le refus de fournir de l'argent ne s'expliquerait que par l'insuffisance de numéraire. Or, jamais personne n'a nié que Chibert n'eût vingt mille livres en caisse. A moins que ce chiffre, accusé par lui-même à la garnison, n'ait été faux et qu'il n'y ait eu là, par ordre général de la Cour, qu'une façade masquant la pauvreté de nos finances. Mais alors ceci concorderait merveilleusement avec l'explication que nous donnerons plus loin et dans laquelle on apercevra des complicités insoupçonnées.

On concédera à la rigueur que la tentative d'assassinat peut être attribuée à une fâcheuse méprise. Car pour une plaisanterie ou une brimade, la mesure eût été sérieusement dépassée.

Mais il reste le fait, connu seulement à la Cour après coup, que la femme de l'aide-major habitait la ville et servait de truchement entre les Impériaux et le commissaire par l'entremise de son mari. Il reste aussi, dans le même ordre de faits, l'envoi de tambours ennemis porteurs de lettres adressées à divers officiers et à Folard luimême, afin d'obtenir dans la garnison des adhésions à la capitulation ^. Les Impériaux auraient-ils tenté de pareilles démarches s'ils n'y avaient été encouragés par quelque assiégé intéressé ?

Ce sont là des détails qui sont bien de nature à rendre suspecte la capitulation.

Quant à la pénurie des poudres, on a déjà vu quel cas il fallait faire de cette mauvaise raison. La célébration de la fête de Chibert demeure un des arguments les

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