‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 57 sur 203 · Bibl. nat., Ln · texte numérisé non relu

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tecteur, qui saurait calmer l'importun, offrir à son silence des compensations et surtout l'éloigner de l'Italie et de Versailles sans le perdre de vue.

D'autre part, pour Folard c'était une aubaine inespérée ; c'était enfin vraisemblablement le pied à l'étrier. Aussi, sans perdre de temps et négligeant provisoirement l'affaire de Modène, il rédigea un placet dans lequel il expliquait en peu de mots l'entreprise de Chaumont. Il se doutait bien que Chamillart n'en avait pas parlé au Roi et il tenait à ce que Sa Majesté en fût informée, escomptant quelque avantage pour son avancement, qui tardait...

Il prit son temps pour se trouver sur le passage de Louis XIV et offrit son placet en suppliant Sa Majesté de lui faire la grâce d'en prendre connaissance. Le Roi l'assura avec bonté qu'il n'y manquerait point et fidèle à sa promesse, sitôt qu'il en eut le loisir, il tendit le placet précisément à M. de Tessé pour que celui-ci en fît tout haut la lecture.

« Sire, dit le maréchal quand ce fut fini, c'est bien modeste pour un gascon.

— Cela est donc vrai ? reprit vivement le Roi.

— Oui, Sire, cette action s'est passée sous mes yeux^. » Alors le maréchal conta l'affaire d'un bout à l'autre.

Or, Louis XIV savait apprécier le mérite et tenait à le récompenser, tandis que Chamillart. par économie, se dispensait de semblables sentiments. Pour dissimuler au Roi Tétatlamentable des finances, il fallait aussi lui cacher ces motifs à dépenses, si nobles pourtant, que constituent les actions d'éclat.

'< Ce défaut de jugement dans la distribution des grâces était d'une grande conséquence dans un temps où les affaires du Roi allaient en décadence et était capable de détruire et d'émousser cet aiguillon auquel les gens d'honneur sont si sensibles et qui s'appelle : l'émulation ^ »

Le Roi sentit quelle faute avait commise Chamillart en négligeant de lui signaler la jolie surprise de Chaumont

I et 2. Bibl. nat., Ln. 27, 7674.

et d'en faire récompenser l'auteur. De sa main il écrivit au crayon sur le placet même : 400 livres de pension, et remit ainsi cette feuille à son premier ministre. Le lendemain il s'informa si l'expédition de la pension avait été faite.

« Non, Sire, répondit Chamillart, mais le sieur Folard a déjà été payé. »

Il indiquait par là le règlement de la pension accordée précédemment à Tofficier pour l'affaire de la Bouline.

« Eh bien ! répliqua Louis XIV, qui n'entendait point qu'il y eût équivoque, il sera payé encore. Expédiez surle-champ.

Pareil incident, paraît-il S s'était déjà produit plusieurs fois et ce seraient ces cachotteries du ministre, préjudiciables au prestige et à la justice du Roi, qui auraient fait naître peu à peu chez Louis XIV un mécontentement que le duc de Bourgogne et les maréchaux de Tessé et de Villeroi s'ingénièrent à aggraver. Folard entra donc sans s'en douter pour une part dans la disgrâce dont Chamillart fut frappé l'année suivante (1708).

Cependant le petit capitaine, encouragé par son premier succès auprès du Roi, résolut d'obtenir le paiement des six mille livres qui lui étaient dues. Dès la première démarche, Chamillart déclara tout d'abord à Folard qu'il n'avait reçu aucune de ses lettres; puis il ajouta qu'il était au courant de la question et qu'il lui promettait de le faire indemniser. Le Roi, averti par Vendôme, venait de son côté de donner l'ordre de réduire de moitié les appointements de six mille livres du gouverneur de Modène. Cette espèce de punition infligée à M. de Bar marque d'une part qu'il n'était pas sans reproche et indique de l'autre qu'il ne fut sans doute qu'un instrument entre les mains de Chibert. Elle établit, en tout cas, que s'il y eut, selon les apparences, des instructions secrètes, elles émanaient de Chamillart et non du Roi. Du reste, à examiner les façons du ministre on voit bien qu'il était animé sans doute des meilleures intentions mais sans largeur

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