I. Polybe, t. III, p
le Roi, bien disposé pour Folard, n^ordonnât une enquête. Pour tous les intéressés c'eût été déplorable et ce fut alors M. de Bar qui reçut le conseil de se tenir tranquille par l'entremise de M. de Goesbriant.
Celui-ci, qui avait une sincère estime pour Folard, alla trouver le vieux gouverneur et lui dit sans façon « qu'il prît bien garde à ses démarches, que tout le monde ne parlait ni ne pensait comme lui à l'égard de la défense de Modène ; qu"il allait se précipiter dans le plus grand de tous les malheurs et dans un pas très dangereux si M . de Folard s'avisait de demander un Conseil de guerre ; qu'il eût donc à donner le certificat des services du capitaine du régiment de Quercy à Modène et que, s'il refusait, il pourrait compter qu'il serait arrêté, lui et son ami Chibert » ^.
L'effet d'un pareil discours ne se fit pas attendre et le certificat ayant été remis sur-le-champ, GoeS;briant le porta à Folard en lui conseillant d'y joindre pour le ministre une relation du siège. Cette pièce étonna fort Chamillart, paraît-il, et modifia l'opinion qu'il s'était faite d'après d'autres versions intéressées. Folard n'hésitait pas en effet dans son récit à reconnaître qu'il avait soulevé les officiers de la garnison contre le gouverneur. Mais loin de s'en excuser, il s'en faisait gloire et donnait de sa conduite d'excellentes raisons : l'ordre du prince de Vaudemont, la force de la garnison plus nombreuse que les Impériaux, enfin l'absence de toute manifestation d'un siège en règle.
Et dans ce rapport on trouve une phrase qui semble bien corroborer les déductions précédentes par son habile et forte insinuation.
« Un gouverneur, disait Folard au ministre, qui déclare avoir reçu -un ordre de se défendre jusqu'à la dernière extrémité et qui produit cet ordre à tout le monde, doit du moins, lorsqu'il est dans l'intention d'y désobéir, faire comprendre qu'il en a reçu de tout contraires, sans qu'on puisse trop T obliger à les communiquer . En ce cas je me serais bien gardé de lui demander de les produire^ quoique M. de Bar eût reçu ordre de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans