Bibl. nat., Ln
2. Il y a lieu, il est vrai, de faire la part d'une série de trahisons organisées dans nos propres lignes par l'ennemi, et c'est là un fait qui n'a pas encore été étudié. Une pièce curieuse du ministère de la guerre (vol. 2347, p. 136) nous révèle qu'un certain don Joseph de Haro, attaché au duc de Vendôme, n'était autre qu'un espion à la solde des Impériaux. Ce personnage, emprisonné plus tard à Saumur, finit par raconter à ses compagnons de captivité des faits étonnants. A Oudenarde notamment il s'était efforcé de brouiller les cartes et il allait faire enlever quatorze bataillons français en les poussant dans une embuscade, quand un ordre imprévu du maréchal de Matignon vint l'empêcher de mener à bien sa trahison.
Il est probable qu'il n'était pas seul de son espèce et que bien des incidents regrettables de cette affaire furent dus à des menées secrètes. Le ministre de la guerre payait d'ailleurs de retour les Impériaux, car
Il8 LE CHEVALIER DE FOLARD
Peu après (août 1708), le prince Eugène et Marlborough investissaient Lille.
Cette ville était considérée, il est vrai, comme le chefd'œuvre de Vauban et le brave Boufflersla défendait. On pouvait donc espérer que le siège serait long et le secours possible. Jusque-là Folard avait été chargé dans le Nord d'entreprises d'un genre spécial. Il s'agissait de tirer des contributions du pays de Hulst^ et de l'ile de Cassandt-, et ces opérations avaient déjà produit cent mille écus, sans aucun bénéfice d'ailleurs pour le percepteur improvisé ^\
Mais lorsque Lille fut investie, Vendôme rappela le petit capitaine, le jugeant seul capable de se glisser jusqu'à la ville assiégée et d'examiner comment on la pourrait secourir.
Folard se déguisa et partit. Il put, sans être reconnu, pénétrer dans le village de Coquelart en plein camp ennemi. Là, il observa ce qui se passait et parvint à découvrir que les Impériaux faisaient venir leurs poudres par Lessingue.
Ce village, assez proche de Lille, semblait à première vue inattaquable, et lorsque Folard revint conter au duc de Vendôme le résultat de son expédition, celui-ci fut d'accord avec le duc de Bourgogne et les officiers présents pourdéclarer trop dangereuse une tentative sur Lessingue. Mais Folard, attaché à son idée, alla reconnaître l'endroit,
ce même Joseph de Haro avait découvert que la France entretenait « deux personnes de distinction » auprès de rcilord Marlborough. et que le duc de Vendôme correspondait avec elles « par le moyen d'officiers habillés en trompettes qu'il envoyait à l'armée des alliés sous prétexte de demander des passeports ou autres affaires. Et Joseph de Haro n'attendait qu'une occasion pour s'évader et aller dénoncer les deux traîtres.
I. Ministère de la guerre, vol. 2. p. 181. Hulst est une ville située au nord-ouest d'Anvers.
2 et 3. Bibl. nat., Ln, 27, 7674. Cassandt est une petite île des Pays- Bas, située sur la côte de Flandre vis-à-vis de l'Ecluse qui est eUeméme proche de Bruges. H y a là un village et une forteresse dont les Hollandais s'emparèrent au commencement du x^nP siècle pendant que les Espagnols assiégeaient Ostende. Cette île diminue sans cesse, rongée par la mer.
qui n'était point fortifié, et prépara un projet dont il garantit le succès. Nouveau refus des généraux, nouvelles instances de la part de l'ingénieur.
Enfin on essaya denlever Lessingue, mais par un autre moyen que celui de Folard, et déjà l'échec se dessinait quand on se décida à s'en remettre au petit capitaine qui put alors exécuter son plan. En une heure le village fut pris, exactement dans les conditions prévues par le projet.
Pour le coup, le duc de Bourgogne, émerveillé d'une conception si précise, convint avec Vendôme de donner à Folard le commandement de Lessingue ' avec ordre de mettre sérieusement la place en état de défense ; et depuis lors Son Altesse ne manqua point de lui « donner des marques de son estime et de sa protection » qu'une mort, hélas! prématurée ^ devait faire trop tôt cesser.
Folard ne perdit pas de temps et se mit en devoir d'appliquer les principes qu'il a énoncés dans ses Commeritaires de Polyhe ^, et rapidement il fut en état d'assurer aux trois bataillons qui lui étaient confiés un abri important et sûr.
Malheureusement, le 8 décembre, la garnison de Lille ayant épuisé ses dernières munitions se rendit. L'intérêt qui s'attachait à la défense de Lessingue fut ainsi fort amoindri, car les ennemis pouvaient maintenant se ravitailler facilement. Le poste gardait pourtant quelque valeur, et Folard écrivait le 19 décembre 1708 au ministre qu'il continuait les travaux, mais que ceux-ci n'avançaient guère, par la faute de l'ingénieur Chambre qui travaillait sous ses ordres et manquait totalement de zèle.
« Je n'ai aucuns appointements ici, ajoutait-il, et je supplie très humblement Votre Grandeur de vouloir
1. L'ordre en question donné le 28 octobre 1708 (ministère de la guerre, vol. 2108, p. 169) fut confirmé par ChamiUart par retour du courrier, même vol., p. 201.