Musée Calvet, ms
2. Ibid. Cette anecdote, dont on ne saurait nier l'authenticité, pré-
A cette époque, en effet, Jérôme tomba malade et, en peu de jours, une fièvre maligne mit sa vie en danger. Le curé de la paroisse, avisé par quelque commère, vint alors le voir. Il trouva un homme en délire qui récitait comme en rêve des vers d'Homère et des passages de Platon, et qui divaguait tantôt dans un latin fort correct, tantôt dans un grec des plus harmonieux. Cette manifestation in extremis d'une si belle érudition frappa le bon prêtre quieut l'occasion d'en parler à M. Arnauld. Celuici envoya aux renseignements son inséparable lieutenant Nicole^ et, l'enquête ayant été fort en faveur du malade, Messieurs de Port-Royal pensèrent que Folard serait une excellente recrue. Ils chargèrent donc le curé de lui faire des propositions, et celui-ci s'acquitta de la commission avec tant de zèle qu'il parvint à obtenir du malade de véritables engagements-. Mais si Folard affaibli n'avait pas su résister, il eut en revanche de vigoureux amis pour le défendre. Le père Labbe\ l'adversaire fougueux et d'ailleurs un peu brouillon de Port-Royal, était fort lié avec Jérôme. Lorsqu'il apprit de quels moyens on avait usé pour gagner le jeune homme au jansénisme, il amena avec lui un autre jésuite, et tous deux firent si bien qu'ils obligèrent Folard à retirer sa parole. Celui-ci, une fois
cisément parce qu'elle est de bien mince importance, vient à l'encontre de l'accusation de ladrerie portée contre Mazarin par Sainte-Beuve dans Port-Royal, t. V, p. 35. Cette accusation est d'ailleurs basée uniquement sur un récit de Cosnac signalant la rigueur de Mazarin à exiger le paiement d'une dette de jeu. Or, il y a là, nous semble-t-il, une marque non point de ladrerie mais de ponctualité ; et l'épisode de Folard confirme notre opinion.
1. Il s'agit ici du grand Arnauld d'Andilly et du fameux Nicole, principales figures de Port-Royal.
2. Musée Calvet, ms. 2150. Cette conquête d'un convalescent épuisé n'apparaît pas comme une action bien éclatante, etTon ne peut se défendre d'un sentiment d'étonnement à constater l'emploi de procédés aussi mesquins par des personnages qui passent pour des hommes d'un esprit élevé et d'une scrupuleuse honnêteté. C'est qu'en réalité, dans Port-Royal, si les individualités furent édifiantes, les tendances collectives ne leur ressemblèrent point.
3. Savant Jésuite, né à Bourges en 1607, mort à Paris en 1667. Professa la rhétorique et la philosophie, puis quitta l'enseignement pour se livrer à des travaux historiques. Il a laissé 75 ouvrages.
revenu à la santé, leur en sut un gré infini, et la tentative dont il avait été l'objet eut pour résultat de lui faire prendre en horreur Messieurs de Port-Royal, ce qui le brouilla avec son frère aîné dont la sympathie était acquise aux idées de Nicole et d'Arnauld.
Sur ces entrefaites, il dut partir pour Avignon où quelques affaires le rappelaient. Ayant été obligé de faire étape à Lyon et de s'y arrêter quelques jours, il se trouva logé dans une auberge avec le célèbre M. Morus^ Ce ministre combatif, doublé d'un érudit, prit Folard en amitié et mit tout en œuvre pour le faire entrer dans la religion réformée. Mais, cette fois, le jeune homme put se tirer d'affaire lui-même.
« A Paris, disait-il plus tard en riant, la grâce fut la plus faible ; je me laissai vaincre par deux jésuites; à Lyon, elle fut la plus forte, je tins bon contre un ministre 2. :&
En quittant Paris, Folard ne comptait faire qu'un court séjour en Avignon et son projet était de revenir le plus tôt possible reprendre sa place dans la société intéressante où il souhaitait continuer de s'instruire et de s'implanter pour arriver quelque jour à se faire ouvrir les portes de l'Académie française. C'était là sa grande ambition. Il avait compté sans l'amour.
Dès son arrivée dans sa ville natale, il rencontra Mlle Marguerite de Raffe dont il devint en peu de temps éperdument épris. Vainement sa mère, alarmée, lui représenta la modeste condition de cette jeune fille, presque sans fortune ; vainement elle tenta de lui faire épouser « une autre demoiselle qui avait quarante mille écus de dot», Jérôme persista dans son dessein. Il avait alors trente-deux ans. « Il était d'une taille un peu audessous de la moyenne, mais très bien pris, d'une figure agréable avec l'air noble et la physionomie heureuse. Il
1. Alexandre More ou Morus, ministre protestant, né le 25 septembre ibi6 à Castres, mort le 28 septembre 1670 à Paris. Il eut en 1661 une grave dispute avec son protecteur, le ministre Daillé. Déféré au consistoire, il lui fut interdit de prêcher, ce qui amena des troubles violents ; et l'affaire alla jusqu'au Parlement qui confirma l'interdiction (27 juillet 1662).