Musée Calvet, ms
s'énonçait avec beaucoup de facilité et de grâce et on l'écoutait toujours avec plaisir, pourvu qu'il ne contât pas, car il le faisait fort maP. »
On comprend dès lors que Mlle de Rafïe, qui était d'un esprit distingué, aitpu partager la flamme dun pareil amoureux. Il est probable d'ailleurs qu'ayant assez à parler de soi-même et de l'objet de sa passion, Jérôme n'eut pas à « conter d'histoires » et que son éloquence acheva ce que sa bonne mine avait commencé. Alors sa mère voulut le faire retourner à Pans et ameuta toute sa famille contre lui. Folard fut inébranlable et enfin, en 1663, il épousa celle qu'il aimait.
Alors, pour augmenter les maigres ressources de son ménage il s'attacha au barreau. Tout de suite il s'y distingua et pendant dix ans gagna beaucoup d'argent, car tout le monde, paraît-il, allait à lui. Malheureusement, quand « il se vit un peu au large, il commença de négliger son métier qu'il ne faisait que par force », et ce fut bientôt le discrédit. C'eût été aussi la ruine, avec une famille qui augmentait sans cesse, si Mme Folard n'avait retrouvé par son économie une partie de ce que son mari perdait par son manque d'assiduité au travail.
Cette femme, qui fut la mère du chevalier et dont la mémoire est demeurée vivante en Avignon bien longtemps après sa mort, mérite qu'on la connaisse au passage. « Elle joignait à la vertu, à la piété, à un grand sens et à beaucoup d'esprit le mérite littéraire, car elle avait fort bien étudié et savait, outre sa religion dont elle avait fait une étude particulière, l'histoire et la philosophie nouvelle où elle eut pour maître le célèbre Pierre Guisoni, qui avait été précepteur chez son père. Mais tout cela se trouvait en elle comme enseveli pour la plupart des gens. Car jamais personne n'aima moins se parer de son mérite-. Ce n'était guère qu'avec quelques amis de son mari, gens de lettres et de vertu, qui fréquentaient