‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 83 sur 203 · De Marly, 24 février 1712. Ministère de la guerre · texte numérisé non relu

De Marly, 24 février 1712. Ministère de la guerre

3. Le Grand-Dauphin était mort le 14 avril 171 1. Comme Philippe V, fils cadet du Dauphin, devait renoncer à la couronne de France, il ne restait plus comme héritier direct que le duc de Berri.

Ces coups précipités et suspects plongeaient la Cour dans la stupeur ; et il fallait la grandeur du caractère de Louis XIV pour faire face à toutes les difficultés de l'Etat jointes à de pareils malheurs de famille.

xMais au loin l'effet, quelque peu amoindri par la distance, était encore émoussé par les événements quotidiens, et Folard continuait à élaborer des projets variés et à écrire au ministre. Ses difficultés avec le colonel de Lostanges augmentaient chaque jour. Cet officier ne pouvait s'habituer à recevoir des ordres d'un gouverneur qui n'était qu\in simple capitaine ^

« C'est moi qui devrais être à sa place, répétait-il sans cesse. »

Et, au mépris de la discipline, il faisait marcher son régiment sans même aviser le gouverneur.

Pourtant Folard, conscient de la différence de grade, avait eu pour lui tous les égards possibles, cédant son propre appartement et ne gardant qu'un logement de sous-lieutenant, composé d'une chambre pour lui-même et d'une cuisine où couchaient ses valets.

« Mais, disait-il à Voysin, ce qui m'arrive vient de loin ; je suis votre créature et certaines personnes voulaient obtenir ce poste pour les leurs... »

On le calma en envoyant Lostanges à Dunkerque -.

Cependant, si la paix s'affirmait du côté de l'Angleterre, il n'en était pas de même avec les autres puissances coalisées qui, par amour-propre plutôt que par raison, n'admettaient point les bases secrètement posées entre la reine Anne et Louis XIV. Les hostilités allaient donc recommencer en Flandre ; et Folard, désolé d'avoir vu s'évanouir ses espérances de bonheur et dégoûté de la vie, sollicitait du service actif en « la qualité que l'on voudrait ».

« Je suis, écrivait-il ^, aussi bon à tuer qu'un autre à qui Votre Grandeur fera la même grâce et qui n'ira pas de si bonne volonté. »

I. Ministère de la guerre, vol. 2411, p. 82. 2 et 3. Ibid, p. 164.

Mais le ministre répondit paisiblement :

Je ne vois pas qu'il y ait occasion de vous employer en campagne. Supposé qu'il ne reste pas de troupes dans Bourbourg, il faudra nécessairement que vous serviez dans une des places de la frontière comme Saint-Omer^

Un peu plus tard (5 mai', on lui confirma l'ordre de rester au commandement de Bourbourg.

C'était immobiliser l'officier énervé, car il y avait peu de chance que les ennemis vinssent attaquer Bourbourg, situé trop au nord, quand leur objectif principal semblait devoir être Landrecies. Et, sur ces entrefaites, pour comble de malheur, le duc de Vendôme mourait à Vinaroz, en Espagne (12 juin 171 2), emportant avec lui un appui qui n'avait jamais failli à son petit protégé.

Pourtant Folard ne se décourage pas. Il a une idée, il la croit bonne et, décidé à s'imposer, il continue à solliciter auprès du ministre une audience du maréchal de Villars pour lui soumettre son projet sur Landrecies, assiégé depuis le 17 juillet par le prince Eugène-.

Et, durant le mois de juillet, les propositions d'incursions, de surprises et de diversions élaborées par Folard se suivent avec une étonnante prolixité qui s'explique pourtant et s'excuse par l'angoisse dont tous les cœurs français étaient alors étreints. Landrecies constituait en effet la suprême barrière dressée entre les ennemis et la capitale. Déjà les alliés avaient relié leurs postes de ravitaillement par des lignes de retranchements qu'ils appelaient « le chemin de Paris » ; et la dernière armée de France, forte seulement de 70000 hommes, avait à lutter contre les alliés, affaiblis il est vrai du contingent des Anglais, mais encore au nombre de 130.000.

Cette fois Louis XIV avait enfin ordonné à Villars de livrer bataille. « Si vous êtes vaincu, avait-il ajouté, j'irai 1 vous rejoindre avec les débris des troupes que je pourrai ramasser et nous tenterons un dernier effort pour périr

I. Ministère de la guerre, vol. 2411. p, 179, lettre du 12 mars. 3. Thid, vol. 2380, p. 81.

ensemble ou sauver l'Etat ^ » Mais Villars fut vainqueur.

On sait avec quelle habileté il trompa le prince Eugène et le fit demeurer devant Landrecies, tandis qu'il enlevait dans un élan magnifique le camp retranché de Denain, cette clef du fameux « chemin de Paris ».

Des contemporains jaloux ont contesté le mérite de Villars en cette circonstance, mais le résultat n'en est pas moins certain, et tout l'honneur en revient au général en chef qui ne s'en ouvrit que la veille aux autres généraux, notamment à Montesquiou dont on a voulu faire l'inventeur de l'entreprise.

« Jamais, dit le chevalier de Quincy, projet n'a été si bien conçu ni mieux exécuté. » La répercussion en fut immense et l'on peut dire que la paix d'Utrecht fut due à ce simple combat. Le siège de Landrecies levé. Douai, Le Quesnoy et Bouchain repris par nos troupes, et surtout la confiance et l'entrain renaissant dans nos armées apportèrent au Roi le réconfort nécessaire pour lui permettre de résister aux exigences des plénipotentiaires ennemis.

Pourtant, malgré la médiation désormais acquise de l'Angleterre, les hostilités continuaient et Folard avait repris sa correspondance avec Voysin. Il proposait, entre autres, un moyen d'enlever un certain fort de la Kenoke auquel il attachait une réelle importance. Son projet, qui ne manquait pas d'originalité, fut sérieusement examiné. Mais le maréchal de Montesquiou le fit repousser par une lettre au ministre où apparait son antipathie pour Folard beaucoup plus qu'une critique sérieuse de l'entreprise.

Arras, 17 novembre 1712 *.

Je reçois, Monsieur, par M. de Balivières, le projet de l'attaque de la Quenoke (sic) par le sieur Folard et la copie de la lettre que vous avez écrite à M. Le Blanc à ce sujet. Je lui ai mandé que s'il se laissait surprendre au verbiage et

1. Cité dans l'Histoire de France de E. Lavisse, t. XIII, p. 131.

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