Ministère de la guerre, vol. 2387, p
à la vivacité de M, Folard, il leur donnerait tous les jours des projets aussi chimériques les uns que les autres. C'est un homme à qui une ombre de littérature a troublé le cerveau ; c'est enfin un étourdi qui ne sait ce qu'il dit. J'ai déjà vu deux ou trois projets de sa façon où il n'y avait ni rime ni raison. S'il savait la difficulté qu'il y a à conduire des barques et à les faire manœuvrer à découvert sous un feu de mousqueterie, quelque petit qu'il soit, il ne tiendrait pas cela facile et verrait combien les machines les plus légères deviennent pesantes quand il faut les manier sous un ennemi...
On constatera dans la suite que le maréchal de Belle- Isle et le comte de Saxe appréciaient le chevalier de Folard d'une toute autre manière. Et quelle qu'ait été la valeur de M. de Montesquiou, les faits nous obligent à estimer que la compétence des deux autres valait bien la sienne.
Mais, hélas ! un tel dénigrement était capable de discréditer un officier à tout jamais, et ce fut bien en vain que Folard développa et remania son projet jusqu'à la fin de l'année ^
A ce moment le ministre, qui voyait les négociations d'Utrecht s'acheminer vers la paix, pria Folard de différer le voyage qu'il voulait faire pour venir à Versailles s'expliquer de vive voix. Et enfin, le 11 juin, le petit gouverneur reçut avis « que la paix était signée- ; que le Roi avait décidé de ne plus l'employer à Bourbourg; qu'il pourrait donc disposer de sa personne pour ses affaires particulières ; mais que le Roi, en témoignage de satisfaction des services rendus, lui conservait la moitié de son traitement de gouverneur, soit cent cinquante livres par mois^ ». Avec les pensions précédentes*, c'était un total annuel de trois mille deux cents livres, c'est-à-dire de quoi vivre. Mais Folard avait contracté des dettes pour
1. Ministère de la guerre, vol. 2387, p. 75, et 2388, p. 170.
2. En réalité, elle ne l'était qu'avec l'Angleterre, les Provinces-Unies, la Savoie, le Portugal et la Prusse. L'Empereur se montrait toujours intransigeant. Mais le 6 mars 1714, le traité de Rastadt mit fin à cette situation.