‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 86 sur 203 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Premiers bruits de guerre en Orient. — Malte menacée. — Coup d'œil rétrospectif sur les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. — Excellentes relations des chevaliers avec la Cour de France. — Le grand-maître don Perrelos. — Le bailli de la VieuviUe. — Son successeur le bailli de Mesmes. — Mauvais état des fortifications de Malte. — Pourparlers au sujet d'un ingénieur. — Désignation du chevalier de Folard. — On lui adjoint d'autres ingénieurs, — Secours accordés par Louis XIV aux Hospitaliers. — Départ du grand-prieur de Vendôme. — Folard traité en grand personnage, puis diminué. — L'affluence des chevaliers de Malte, leur existence. — Le grandprieur commence à scandaliser les Maltais. — Emploi de son temps. — Ses projets d'organisation militaire. — Démarche d'une partie des chevaliers au sujet du grade de M. de Tressemanes. — L'armée de Malte compte un nombre ridicule de généraux pour très peu de soldats. — On apprend soudain que les armements du sultan sont faits contre Venise. — Le grand-maître congédie alors une partie des chevaliers mais continue les fortifications. — Le grand-prieur préconise les plans de Folard et de Mégret contre ceux de M. de Tigné mais il finit par se discréditer à force de scandales, et ses protégés comme lui-même regagnent la France.

Vers ie milieu de l'année 17 14 le grand-maitre de Malte, Raymond Perrelos, avait été avisé « qu'on travaillait dans l'arsenal de Constantinople à un armement considérable et que le Grand-Seigneur^ avait donné des ordres en différents endroits de ses Etats pour y faire un amas de munitions de guerre et de bouche pour une grande entreprise - ».

A n'en pas douter, ces préparatifs étaient faits en vue de déloger de Malte, comme jadis de Rhodes, ces redou-

I. Terme qui désignait le sultan, alors Achmet III (1703-1730). a. Ministère des affaires étrangères, Malte, 1709-1714, f°335.

tables Hospitaliers dont les galères, toujours en « course » contre les infidèles, sillonnaient la Méditerranée, attaquant les corsaires, délivrant les chrétiens captifs et portant le secours de leur redoutable épée partout oià le Croissant menaçait la Croix.

C'était ce Raymond Perrelos, grand-maître depuis 1697, qui avait ranimé le zèle de ses chevaliers et renforcé la flotte de Malte, faisant construire à ses frais les vaisseaux le Saint-Rayinond^ le Saint-Joseph et le Saint-Vincent^.

La nouvelle escadre, dès ses premières sorties en 1706, s'était couverte de gloire. Ayant rencontré trois navires tunisiens elle s'était emparée du vaisseau amiral et avait mis en fuite les deux autres. Le bâtiment capturé avait été ajouté à la flotte sous le nom à.Q Sainte-Croix, et tous ces navires avec les fameuses galères avaient alors été divisés en deux escadres qui rivalisaient d'audace.

Tantôt on voit le commandeur de Langon, surnommé la « terreur des infidèles », percer avec un seul vaisseau une division algérienne pour ravitailler la garnison espagnole d'Oran, vivement assiégée. Tantôt il se lance à la poursuite des musulmans qui avaient opéré une descente dans File du Goze - et il atteint dans sa retraite la capitane^ de Tripoli portant quarante pierriers, cinquante-six canons et six cents hommes. Il y met le feu avec ses boulets rouges et recueille dans ses chaloupes cinq cents Turcs qui avaient sauté à la mer.

Malheureusement, Tannée suivante, en faisant subir le même sort à la capitane d'Alger, le brave Langon trouve la mort et, selon la belle expression du rapport, « s'ensevelit dans son triomphe ». Mais son neveu Adrien se montre aussitôt son digne successeur en attaquant sept vaisseaux d'Alger (17 13) dont il met six en déroute et capture le septième. Un peu plus tard (1714), il coule à

1. La plupart des détails sur les Hospitaliers sont tirés du bel ouvrage du vicomte de Villeneuve-Bargemont sur Malte, 2 vol., 1829. J.-J. Biaise, édit.

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