Arch. de Malte, vol. 1562, p. 1252. 5. Ibïd, p
l62 LE CHEVALIER DE FOLARD
Folard dut vraiment se croire sur le point de saisir enfin cette fortune capricieuse qui s'était si souvent dérobée devant lui. L'importance européenne de lévénement qui se préparait, le rôle considérable qu'il était appelé à y jouer, le piédestal qu'on lui dressait d'avance, tout concourait à lui donner l'illusion que déjà la gloire ceignait son front d'un laurier plus cher encore à son cœur ambitieux que les biens mêmes de la fortune. Par exemple, il n'y avait pas à se dissimuler que la vie des hommes pèserait peu dans le choc furieux auquel on s'attendait. Mais c'était cela sûrement qui importait le moins au brave petit officier.
Malheureusement, cette fois encore et pour diverses raisons, les espérances de Folard n'allaient être que des illusions.
Tout d'abord, le préjugé administratif devait accomplir son œuvre mesquine. Lorsqu'il s'était agi d'envoyer Folard tout seul à Malte, on n'avait pas ménagé les termes pour le présenter à don Perrelos non seulement comme un ingénieur de premier ordre, mais aussi comme un militaire capable de former les troupes et de les diriger ^. Puis, le danger devenant plus menaçant et l'envoi d'autres ingénieurs ayant été décidé, on s'empressa d'amoindrir la situation du malheureux Folard, dont la seule infériorité était de s'être formé lui-même sans faire passer ses connaissances au crible, fort discuté d'ailleurs à cette époque, d'examinateurs accrédités. Le résultat de ce fâcheux revirement apparaît clairement dans un passage de la lettre que le bailli de Mesmes adressait le 3 février 17 15 au grand-maître -.
... Le chevalier de Folard est parti il y a déjà longtemps. C'est un homme capable et de beaucoup de valeur à ce que j'ai ouï dire ; mais il ne peut être qu'en second avec les personnes que nous avons eu l'honneur de vous envoyer.
I. Arch. de Malte, vol. 1230, non numéré, lettre du commandeur de Perrot du 13 décemlDre 17 14.