‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 90 sur 203 · Arch. de Malte, vol. iai8, p · texte numérisé non relu

Arch. de Malte, vol. iai8, p

Les officiers partis les premiers étaient les « sieurs de Tigné, Folard, Rougemont, Mousdion et Boule », et ils furent suivis un mois après par « les sieurs Mégret, Artus, Lafon et Guillot ».

Cependant, vers le milieu de janvier, personne n'était encore arrivé et le grand-maître s'en inquiétait, car d'ordinaire la route se faisait plus vite.

On racontait en effet «qu'un marchand de Malte, ayant un procès à Aix, partit un dimanche après avoir entendu la messe, arriva à Marseille, alla à Aix, distant de cinq lieues de cette ville, fit juger son procès, leva l'arrêt, se rembarqua et arriva à Malte assez à temps pour y entendre la messe le dimanche suivant^ ».

M. le bailli de Froulay citait aussi ce fait vraiment curieux et qui semble assez bien contrôlé par ses circonstances mêmes pour qu'on le prenne au sérieux : « Un faucon de la fauconnerie de Louis XIV, volant une bécasse, s'en alla et fut perdu ; on remarqua l'heure et le moment ; vingt-quatre ou vingt-sept heures après, le même faucon et la bécasse arrivèrent à Malte dans la place. On reconnut que le faucon appartenait au Roi et il lui fut renvoyé^. »

En réalité trois cents lieues séparent Malte de Toulon. Sur une telle distance les vents contraires pouvaient occasionner de longs retards et les Français, sur qui l'on comptait pour la fin de janvier, n'arrivèrent qu'au milieu de février. Ils avaient été obligés d'aller relâcher sur la côte deCarthage, et là Folard était devenu l'hôte d'un marabout qui ne savait pas un mot de français ni de latin, mais dont les gestes suppléaient merveilleusement, paraît-il, à la parole. Il s'était si bien pris d'amitié pour le chevalier qu'il luiavait proposé parune pantomime singulière et compliquée de recevoir le sceau du mahométisme. Folard s'était dérobé poliment, mais il conservait un souvenir édifiant de ce prêtre et de ses semblables, et il écrivait de Malte à son frère le chanoine de Nîmes « qu'il ne manquait que le froc à ces braves religieux ». A quoi

I et 2. Mémoires du duc de Luynes , t. III, p. 279.

le chanoine répondit malicieusement : « Je suis d'avis qu on le leur fasse prendre afin qu'il ne leur manque aucune perfection. » Puis, répondant à dautres passages de la correspondance du chevalier, il ajoutait certaines pointes d après lesquelles on peut juger que le voyage avait été fertile en impressions.

Que venez-vous me dire, monsieur le chevalier, des dames de Sainte-Marthe ? Je crains plus pour vous le soleil de leur pays que leurs charmes ; ce soleil donne bien plus sûrement la fièvre que leurs charmes n'inspirent l'amour aux gens comme vous. Vous parlez de la beauté de leurs yeux comme si vous vous connaissiez en beaux yeux. N'êtes-vous pas le même qui demandiez si une certaine demoiselle, qui avait une épaule hors d'œuvre, était joHe, pour savoir si vous pouviez l'aimer en honneur et conscience ?

Voulez-vous que je vous donne un bon conseil ? ne vous mêlez ni de faire Tamour, ni de parler damour. Vous êtes géomètre, ingénieur, philosophe ; parlez cycloïde, hgne de défense, redans, atome ou substance étendue. Du reste, tenezvous à l'ombre et buvez frais en attendant les Turcs.

Mais un tel conseil, pour être séduisant, ne pouvait guère convenir à l'activité de Folard. En effet celui-ci, à peine débarqué à Malte, se mit à la besogne avec ses compagnons\ Tous ces officiers, en arrivant, avaient présenté à don Perrelos les lettres de recommandation dont ils étaient munis. Celle de Folard était particulièrement élogieuse. Le commandeur de Perrot y rappelait que parmi les officiers de mérite, envoyés de France, le chevalier avait été le premier sur qui on avait jeté les yeux.

Le Roi, écrivait-il -, a dit avec bonté à M. de Folard qu'il avait de la joie de ce quil partait pour Malte parce qu'il vous serait fort utile. Il y a vingt sept années, Monseigneur, qu^il est dans le service du Roi où il s'est acquis tout l'honneur imaginable. Il a par devers lui des actions de valeur qui sont de fidèles témoignages de ce qu'il est.

I et 2. Arch. de Malte, vol. 1562, p. 1282.

De plus, le grand-prieur, arrivé lui aussi à Malte, s'était empressé d'exercer son influence en faveur de son ancien aide de camp ; et grâce au prestige de son titre et de sa nationalité il avait tout d'abord conquis un véritable ascendant sur don Perrelos, ébloui et ravi des concours qu'il avait obtenus.

« A ce raoment, dit le bailli de Chambray^ la cour du grand-maître offrait ce qu'on peut voir de plus brillant ; quinze cents chevaliers, parmi lesquels on comptait plusieurs officiers généraux de toutes les puissances de la chrétienté et quantité de colonels, lieutenantscolonels, etc., faisaient l'ornement de la résidence de l'Ordre. »

Les fortifications furent réparées avec une rapidité prodigieuse, les magasins remplis, les troupes soudoyées, et la mer trembla en quelque sorte sous le poids des chevaliers jeunes et vieux qui se rendaient à l'appel de l'honneur. Ceux des « langues» de France s'engagèrent même pour des sommes considérables qu'ils employèrent à des munitions de guerre.

Louis XIV, de son côté, avait tenu à participer à ce mouvement et le grand-maître était avisé par une lettre datée du 14 février 171s - que « Sa Majesté, touchée du danger pressant dont Malte était menacée, s'était déterminée à accordera S. A. E. don Perrelos quatre bataillons français avec mille hommes de troupes de la marine, cinquante mineurs, quatre-vingts canonniers, vingt bombardiers et leurs officiers ».

Ces troupes devaient s'embarquer à Toulon le 24 mars. De plus, le Roi avait déjà accordé l'exemption « de toutes les charges et impositions qui pesaient sur les biens de l'Ordre en France, comme aussi ordonné l'envoi des

I. Jacques-François de Chambray, né à Évreux le 15 mars 1687, reçu chevalier à treize ans, arriva à Malte le 28 octobre 1700. Page, puis grandcroix, lieutenant général et vice-amiral, il se couvrit de gloire. Son manuscrit, de 1200 pages environ, est conservé dans les archives du marquis de Chambray actuel qui a bien voulu noas en donner communication.

a, Arch. de Malte, vol. 1218, p. 12.

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armes et du matériel dont les Hospitaliers avaient sollicité le prêt « en sengageant à faire remplacer par les fournisseurs habituels de Sa Majesté les pièces détériorées^ ».

Il s'agissait de seize mortiers de bronze « propres à tirer des pierres », de douze mille quintaux de poudre et de douze mille fusils armés de baïonnettes.

Mais après avoir proposé cette espèce de marché, le Conseil de Malte avait terminé fort habilement son mémoire en formulant une demande purement gratuite et assez curieuse par sa flatterie un peu lourde-.

«L'Ordre, écrivait le grand-maitre, espère de la libéralité du Roi quelque gratification de munitions de guerre sujettes à se gâter dans les magasins et devenues inutiles par la paix générale si glorieusement conclue par Sa Majesté. Elle est très humblement suppliée d'accorder :

« Dix milles bombes;

« Vingt ou trente gros pierriers de fonte;

« Cinquante mille grenades;

« Pioches, pelles, pics à roc, quatre mille de chacune espèce {sic) ;

« Cinq cent mille pierres à fusil.

« Si Sa Majesté a la bonté de gratifier l'Ordre de ces munitions, Elle le mettra en état de se bien défendre contre la puissance ottomane. C'est ce qu'on a lieu d'espérer puisque Sa Majesté n'est pas moins le premier monarque que le premier protecteur et défenseur de toute la chrétienté. »

Mais, on l'a vu, si Louis XIV ne se dérobait pas aux obligations que sa religion lui imposait, il tenait à ne pas se créer de complications diplomatiques avec la Turquie pour laquelle, depuis François L"", les souverains français affectaient quelque amitié, et il était entendu que les secours partiraient incognito.

Les autres puissances catholiques avaient également

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