Soit 42.000 livres
été opposée au parti qu'on voulait prendre s'efforça de donner ses raisons; mais on ne voulut pas les écouter. Son Eminence fie grand-maître) maltraita ce corps par des paroles piquantes et Ton en vint jusqu'à lui reprocher d'avoir trahi sa religion.
« L'Ordre se sentant apostrophé fort mal à propos fut si étourdi qu'aucun des membres ne se mit en devoir de répliquer.
«Le grand-maître continua ses invectives et, sans approfondir davantage la question, sans même écouter le sieur de Tigné ingénieur en chef que le Roi avait choisi, sans même lire son mémoire, il fut résolu, après avoir été au scrutin, qu'on ne dépenserait plus rien aux fortifications de la ville et que l'argent donné serait employé aux retranchements des Marines, dont l'administration serait ôtée à la Congrégation de la guerre ^ >/
Folard triomphait, mais c'était au détriment de tous les travaux déjà entrepris, dont l'inachèvement devait, parait-il. entraîner la ruine Aussi, unrevirement d'opinion ne devait point tarder à se faire sentir, après réflexion, parmi les membres mêmes de l'Assemblée. Seulement, comme il y avait un vote précis, il fallait tourner la difficulté pour mettre en fuite le grand-prieur et ses protégés, cause réelle de tout ce conflit. Déjà M. de Vendôme avait fort indisposé une partie des chevaliers en se faisant conférer par Rome la première commanderie vacante de son prieuré avec la faculté d'en prendre une seconde pour lui dans les prieurés de Champagne et d'Aquitaine, ce qui constituait dans sa situation un formidable abus et même une grave infraction aux règles de l'Ordre.
Cette faveur ayant été éventée, il s'en était suivi une petite émeute devant le palais du grand-maître où les protestataires prétendaient pénétrer en foule pour exposer leur réclamation. Quant au grand-prieur, il n'avait pas eu assez d'invectives contre ceux qui attaquaient ainsi ses précieuses prébendes.
« Je suis ruiné ! s'était-il écrié avec un accent normand
I. Ministère des affaires étrangères, Malte, 1709-1714, fol. 112.
et d'un ton fâché. J'en appelle à Rome et je m'oppose. Ah ! maudit voyage ! malheureuse situation 1 »
Depuis lors, disait Tagent de Voysin, sa situation n'a pas été fort gracieuse. Aussi ne parle-t-il plus de passer son hiver ici. Je suis fort trompé si, quand sa provision de Champagne sera finie, il ne passe pas la mer pour reprendre à Lyon son train de vie ordinaire ^
Cependant la fameuse citation, appelant les chevaliers à Malte, avait été révoquée le 20 juin 171 5 et la Congrégation de la guerre, profitant del'occasion, avait donné congé à Folard et à Mégret-, De plus, comme le grandprieur, toujours entêté au sujet des Marines, avait généreusement promis de compléter la somme nécessaire à leur fortification si la dépense excédait quarante mille écus, on lui présenta un devis de trois cent mille livres avec l'espoir de le décourager. Mais loin de battre en retraite, le grand-prieur déclara que M. de Tigné, l'auteur du projet, n'avait pas su utiliser le terrain et il s'efforça d'imposer les plans de Folard, dont l'exécution ne devait point dépasser quarante mille écus.
Le grand-maitre opinait encore dans le sens de son généralissime, et nul doute que l'affaire ne se fût terminée par le succès de Folard, si de nouvelles incartades du grand-prieur n'étaient venues édifier enfin l'excellent don Perrelos.
Alors celui-ci passa « de mauvais quarts d'heure », assure le correspondant de Voysin. Et, comme il s'était défait en faveur du grand-prieur d'une partie de son autorité dont il était jaloux à l'excès, il craignit que le généralissime ne se rendit tout à fait maitre des affaires.
Un jour qu'il s'informait curieusement à un confident des occupations de M. de Vendôme^ son interlocuteur
1. Ministère des affaires étrangères, Malte, 1709-1714, fol. 113.