‹ Le chevalier de Folard, 1669-1752Chapitre 98 sur 203 · Voltaire, Histoire de Charles XII · texte numérisé non relu

Voltaire, Histoire de Charles XII

l8o LE CHEVALIER DE FOLARD

Croissy couchait souvent auprès du Roi sur le même manteau et, en partageant ainsi ses dangers et ses fatigues, il avait acquis le droit de lui parler en toute liberté, mais en latin... car Charles XII, depuis son enfance, s'obstinait à ne jamais se servir de la langue française, quoiqu'il l'entendit assez bien. Enfin Croissy, n'ayant rien obtenu touchant ce qu'il devait négocier \ avait quitté Stralsund en ruines, deux jours avant la fuite du Roi, qui avait été suivie de l'assaut final et de la prise de la ville.

Or ce comte de Croissy était un Colbert, apparenté par conséquent à Desmarest et à Goesbriant. Il connaissait donc sûrement Folard. Le nom de celui-ci passa-t-il dans les conversations de l'ambassadeur avec Charles XII et l'attention du roi fut-elle attirée au point de faire naître le désir d'avoir cet ingénieur à son service? ou bien Folard lui-même, à son retour de Malte, avait-il prié le comte de Croissy de ne pas l'oublier à l'occasion ? Enfin fut-ce le baron de Goertz, dont Saint-Simon signale le passage à Paris en 1716, qui connut Folard par Croissy et l'enrôla? toujours est-il que le chevalier passa en Suède, avide comme on le pense d'approcher le guerrier merveilleux sur qui l'Europe avait alors les yeux fixés et dont les procédés militaires semblaient concorder si bien avec sa propre méthode.

De fait, il fut admirablement accueilli, et le tableau qu'il nous a laissé de l'existence quotidiennede Charles XII complète avantageusement la physionomie curieuse du conquérant en costume de gros drap bleu.

« Quel héros lui comparerons-nous dans l'Histoire? s'écrie Folard avec enthousiasme '^. Je n'en vois aucun. Je n'ai que faire d'aller chercher comme il a vécu et s'il a reçu quelque aise et quelque douceur en sa vie ; j'en ai été le témoin, et ce que j'ai vu, d'autres Font observé avant moi. Q.uel était son lit lorsque j'arrivai en Scanie ? Deux bottes de paille et une peau d'ours par-dessus, couchant

1. Il s'agissait d'un accommodement entre le roi de Prusse et Charles XII. « Mais le premier, dit Voltaire, demandait trop et le second ne voulait rien céder. »

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