LETTRE A MONSEIGNEUR LE DUC DE LA ROCHEFOUCAULD
Le Chevalier le félicite du mariage de son petit-fils, de La Roche-Guyon . avec Mlle de Louvois. fille du ministre — qui eut lieu en 1679.
Il me semble, Monseigneur, que vous n'êtes guère touché de tout ce qui regarde la fortune. Car, soit qu'elle vous ait été favorable ou contraire, on ne vous a jamais vu changer de visage ni de sentiment. De sorte qu'il ne faut pas prétendre que des lettres de réjouissances sur ses caresses, non plus que de 1 consolation sur ses disgrâces, vous puissent beaucoup plaire.
Cependant, je ne saurais m 'empêcher de me réjouir avec vous, aussi bien qxie tant d'amis et d'amies d'importance que vous avez, du mariage de Monsieur de La Pioche-Guyon avec Mademoiselle de Louvois.
Je m'imagine qu'on vous remet devant les yeux
LETfBKS 21
que le cardinal de Richelieu, qui avait déclaré la guerre à votre Maison, employa tout son crédit pour empêcher qu'elle no lût honc»rée de la Duché-Pairie, et qu'on vousl fait souvenir de la haine d'un si puissant Ministre d'Etat pour vous rendre plus agréable — s'il est possible — l'alliance de ces deux excellents hommes (i) qui se sont dévoués au Roi.
Je prends irarde, d'ailleurs, que Monsieur de Marsillac (2) n'est pas mal à la (lour et quil a sujet d'en être content.
Toutes ces prospérités ne vous doivent pas être indifférentes, et j'en ai bien de la joie ; mais je vous avoue que ce qui me touche encore plus vivement, c'est que je vous trouve toujours un des plus braves et des plus honnêtes gens du monde. Aussi, vous avez eu les aventures les plus glorieuses que vous pouviez souhaiter, et si cette éloquence dont vous charmez le monde se voulait employer à nous les dlre^ il serait assez difficile d'inventer un plus beau roman.
J'espère que vous ne serez pas fâché que ce soit principalement de ces sortes de clioses que je me réjouisse avec vous, Monseigneur, puisqu'elles sont des preuves de votre mérite extraordinaire, et que je me réjouisse encore de ce que vous me témoigiiez en toute rencontre que vous êtes bien aise que je sois — avec un tendre respect — votre très humble et très obéissant serviteur.
(1) C"cpt-à-dire Louvois lin-raême ft Michel Le Teliier, son père.
(2) Marsillai" était Ip fils de La Rochefourmild ; il t tait aussi le père du jeune marié.