‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 21 sur 57 · I.KTTHKS · texte numérisé non relu

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tendres, mais d'une façon si tempérée qu'elle n'y sente rien d'affecté. »

« Je fis en peu de jours tant de progrès en cette étude qu'elle ne se plaisait plus qu'à me faire lire et qu'à s'entretenir avec moi. Son mari en était fort aise, parce que je la désennuyais et qu'elle ne lui parlait plus d'aller dans les villes. Encore, pour la divertir, je lui contais souvent quelque aventure à peu près comme la mienne — et je voyais qu'elle était souvent attendrie et que, pour m'en ôter la connaissance^ elle se cachait de son éventail, car je lus longtemps sans m'oscr déclarer... »

Mon ami, après m 'avoir dit ce qui l'avait rendu si bon lecteur, se voyant quitte de ce je lui avais demandé, se tint dans un morne silence.

J'avais eu t^mt d'attention à son discours que j'allais le prier de continuer, quand je vis dans ses yeux une tristesse si tendre et si profonde que je crus qu'il était près de s'évanouir. Il commençait à extravaguer, et je le remis le mieux qu'il me fut possible.

Je sus depuis toute cette aventure, et je n'en fus guère moins touché que lui.

Je voudrais vous la pouvoir conter tout d'une suite, -car je crois que vous seriez bien aise de l'apprendre ; mais, Madame, outre que cela ne serait pas si tôt fait et que je me lasse fort aisément, il me semble qu'il y a plus de huit heures que je vous écris, et je suis accablé de sommeil.

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LETTRE DE M'"« LA DUG[Ii:SSE DE LESDIGUIERES A MONSIEUR LE CHEVALIER DE MÉRÉ

REGRET DE SÉPAllATION - MAIS DÉSIK DE COKRESPONDANCE

La correspondance « intime » du chevalier de Méré et de la duchesse de Lesdiguières offre beaucoup d'intérêt ; nous croyons devoir en détacher d£ux lettres — celle-ci et la suivante — qui nous paraissent les plus remarquables autant par le style que par l'esprit. L'une et l'autre font honneur à la duchesse comme au chevalier lui-même dont les a leçons » semblent avoir été mises à profit.

Tant que nous avons été ensemble, je n'ai pas songé que je vous trouverais à dire sitôt que je ne vous verrais plus. Vous souvenez-vous de cet air d'imprudence qui vous plaisait tant? Je ne m'en suis pas encore bien défaite ; et ,sans mentir, je n'ai bien connu ce que vous valez qu'après vous avoir perdu.

Je croirais bien que la même chose vous serait arrivée à mon égard, et qu'en un si long temps que vous m'avez vue vous n'avez pas pris, garde que vous vous plaisiez avec moi... Je vous jure que j'en serais ravie. Et ne m'avouerez-vous pas que vous le mériteriez bien ? Car pourquoi n'êtes-vous pas venu avec moi (i) ? Je vous avais ass^z fait entendre que je n'en serais pas fâchée ; et vous qui connaissez tant la bienséance et qui m'en faites des. « leçons », quand

(1) Sans doute en Dauphiné, gouvernement du duc de Lesdiguières.

je ne vous en eusse rien témoigné, il me semble que vous le deviez vouloir.

Quoique vous puissiez dire, je prévois que nous aurons de la peine à rien faire de bon l'un de l'autre. Premièrement, vous êtes fort peu docile et tout à fait libertin : que n'essayez-vous, pour le moins, de vous en corriger 1 Et moi, quoique je sois la personne du monde qui souhaite autant d'avoir de l'esprit, vous savez que je hais les moindres choses qui m'embarrassent. Vous savez aussi qu'encore que je me plaise à écrire, il m'est impossible d'observer ni règle ni méthode, et j'ai bien de la joie que vous ne soyez pas trop régulier. Je ne crois pourtant pas que j'en puisse beaucoup profiter : je vous ai perdu pour longtemps, et vous êtes le seul qui me pouvez éclaircir de tout ce que je suis bien aise d'apprendre. Je ne connais personne qui s'explique comme vous, et c'est dommage que vous n'ayez appris de bonnes choses ; mais il se rencontre heureusement que je suis contente de celles que vous savez.

Il faut donc délibérer de ce que nous avons de meilleur à faire jusqu'à mon retour.

Ce qui me vient dans l'esprit, c'est de nous écrire librement, avec notre franchise ordinaire. Et je vous commande, non seulement comme « Reine des Alpes », mais encore comme la meilleure amie que vous ayez au monde, de m 'écrire, le plus souvent que vous pourrez et sur les mêmes sujets que nous avions coutume de prendre en nous promenant l'automne passé ou si vous le jugez plus à propos, de la sorte que vous m'écriviez quand j'étais à Saint-Germain — mais toujours sans façon et sans rien déguiser, comme vous en usiez avec cette jeune Indienne que vous me fîtes voir et qui me plut tant

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que je l'aimai du moment que je l'eus vue. Vous me ferez plaisir de m 'apprendre de ses nouvelles.

Adieu, gardez -vous sur toutes choses de m 'oublier !

Souvenez-voua aussi que je ne serais pas contente de plaire si je ne savais d'où cela me pourrait venir.

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