‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 24 sur 57 · HYGIÈNE PHYSIQUE ET MOR.\LE POUR LES DAMES · texte numérisé non relu

HYGIÈNE PHYSIQUE ET MOR.\LE POUR LES DAMES

On nous permettra — pour plus de brièveté et d'intérêt, tout à la fois — d'intei^aler dans cette lettre, adressée à la maréchale de Clérembault, quelques traits typiques concernant la Maréchale elle-même et recueillis

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en la longue corespondance dont le Chevalier l'a gratifiée.

Il lui recommande deux choses essentielles : d'abord, ne pas trop se préoccuper de la santé ; puis, n'être ni trop sévère ni trop prude envers les honnêtes gens.

Je SUÎ& encore à Paris, Madame, et je ne croyais y pouvoir demeurer deux jours quand je vous dis adieu. Je ne sais ce qui m'empêciie den partir^ si ce n'est le regret de m 'éloigner des lieux où je me plaisais tant avec vous ! Je vous cherche en tous ces endroits, comme si j'espérais de vous y trouver, et que je ne susse pas où vous êtes : cela m'a rendu si triste que pour vous écrire quelque chose qui vous réjouît, j'attendais que je fusse un peu remis de votre absence ; mais je sens que mon mal empire de jour en jour, et que le temps — qui d'ordinaire console de tous les autres déplaisirs — ne sert qu'à mieux faire connaître qu'on est malheureux de vous avoir perdue.

Il serait donc bien difficile que mes lettres vous pussent tant soit peu divertir. Aussi, Madame, je ne vous écris que pour vous demander de vos nou- A^elles.

Je souhaite principalement d'apprendre à quel point de santé voua vous trouvez^ car je me suis aperçu que vous en savez marquer tous les degrés et qu'il n'y a point de thermomètre plus juste. Je crois pourtant qu'un peu de négligence est un excellent Tfg'imc, et qu'il serait bon — pour se bii'n porter — <1p ne pas avoir le sentiment si délicat, ou du moins de n'y pas regarder de si près. Car lorsqu'on pense toujours à s'empêcher d'êtrei malade, un si grand soin (qui fait tout craindre) trouble les agréments de la vie et remplit l'imagination de beaucoup de

maux qu'on n'aura jamais. Outre que ces maux ne laissent pas de tourmenter, quoiqu'ils ne soient que dans l'esprit, je prends garde qu'ils en font souvent naître de bien effectifs.

Je vous parle volontiers de votre santé, Madame, parce que c'est la seule chose qui vous puisse manquer (i) pour être parfaitement heureuse. On ne saurait s'imaginer rien de rare qui ne soit en vous et dins la plus haute perfection. Vous avez plus d'esprit que personne au monde, et de cet esprit qui plaît toujours. Vous n'êtes pas de ces beautés qui surprennent d'abord et qui n'ont que la première \Tie, mais de celles que plus on les considère, plus on s'en trouve charmé : c'est que l'agrément ne vous abandonne jamais. Encore ai-je pris garde que vous avez de certains moments que vous pourriez effacer toutes les autres. Je trouve aussi que votre réputation ne saurait être plus belle ni plus pure, et qu'on y sent je ne sais quoi de si noble et de si exquis qu'on vous aime sans vous avoir vue. Ainsi, Madame^ si je vous disais qu'il y a bien longtemps, que je suis à vous, ne comptez pas du jour que je vous rendis mes très humbles respects...

Que serait-ce donc, aujourd'hui, si j'étais auprès de vous ! Et pourrais-je demeurer dans cette affection tranquille et modérée que vous souhaitez ? Le plus saint homme du monde et le plus respectueux s'y trouverait bien empêché...

Pour vous, d'ailleurs, votre esprit qui dans sa situation naturelle paraît au-dessus de tout^ ne laisse pas néanmoins de s'employer aux moindres choses

(1^ Ta man'-diale étiiit un - mnlarip . qiH-'nne neu im« inaire : elle a vécu ?0 anp, et sans infirmilés notnires — Elle nous rappelle une cer.fepaire (ri(s nos (iarpiils oui «e plaignait toujours, mais qui a enterré toute sa famille et sun voisinage.

de la sorte que vous voulez, tant pour les affaires du monde que pour les agréments de la vie. C'est que rien ne l'attache et que vous en disposez comme il vous plaît. Cette haute intelligence et ce parfait dt'^gagcment vous doivent causer des plaisirs bien purs ; et j'avoue, Madame, que vous avez pris le bon parti de vous être conservé le cœur libre et sans pitié : vous ne savez ce que c'est que les tendresses d'un adieu, non plus que la douleur d'une absence...

Je ne vois rien de cruel et d'inhumain qui ne me remette votre sévérité devant les veux. J'avoue avec cela que vous êtes la meilleure amie du monde, et je m'étonne que tant de bien et tant de mal se puisse rencontrer dans une même personne... Ceux qui n'ont rien trouvé de plus aimable que la vertu n'avaient pas senti de ces grâces piquantes qui paraissent dans votre personne et dans vos moindres actions. C'est un enchantement secret qui confondrait la plus haute sagesse. . .

Mais avec tous ces avantages, comment vous pouvezvous résoudre de passer l'hiver à la campagne, et dans un temps que toute la Cour se rend à Paris ? Vous êtes encore bien jeune- ; mais le temps va bien vite, et vos plus beaux jours s'écoulent dans un désert.

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