EXÉCUTION' DE CHAPELAIN — EN T.ANT QUE POETE
Balzac et Méré, qui étaient presque voisins à la campagne, et tous deux d'origine « saintongcaisr », se connurent bientôt ; le Chevalier, moins sédentaire, rendit souvent visite à Balzac dont l'étonnement fut grand de voir un « guerrier » si lettré et si judicieux.
Cependant, il y eut — entre eux — une altercation au sujet de Chapelain, grand ami et correspondant de. Balzac : Méré critiqua une ode de « Monsieur w Chapelain, ce qui froissa au vif l'illustre saintongeais. Par cette lettre, le critique essaya de se disculper auprèt de lui, tout en maintenant son jugement sur le poète.
Ce n'est pas d'aujourd'hui, Monsieur, que vous m'estimez plus que je ne mérite, et que j'en ai des preuves dont je ne saurais douter.
Dès les premiers jours que j'eus l'honneur de vous voir et le plaisir de me promener avec vous dans vosbois, et sur les bords de la Charente, aous m'assurâtes que j'avais, le goût bon et que je disais des choses nouvelles qui vous surprenaient agréablement. Vous me donniez encore bien d'autres qualités qui m'étaient si avantageuses que^ de les rapporter en toute leur force, cela sentirait un esprit vain. Aussi, Monsieur, je n'en parle que le' plus modestement que je puis, et beaucoup moins pour me louer que pour vous témoigner que je n'en suis pas ingrat. Ensuite, vous me demandâtes mon amitié que déjà vous aviez acquise par vos beaux écrits, mais qui s'augmenta merveilleusement par votre entretien dont je fus charmé ; et vous me promîtes la vôtre ^ qui me sera toujours très précieuse. Aussi, je m'en vante partout, et si j'avais les bonnes grâces de ces belles Dames (i) dont vous me croyez enchanté, je ne m'en tiendrais pas si glorieux.
Mais pour revenir à la lettre que vous me faites l'honneur de m 'écrire, je vous avoue que la fin m'en a moins plii que le commencement. On dirait même
(■y „ (^^ h(>l>? IXTfnrs i»,ôl;)ii'nl, s:ins donle. les Dnires d© rhôhl Tîanibotini(>|;. Mais il esl, à r.roiro que la rivalité Oe. Ynitnrc av;ni. di'.ià produit ses effcU et que le Chevalier ne fréquentai l plus le cénacle.
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que vous ne m'avez d'abord tant loué que pour me disposer à recevoir doucement les reproches que vous m'alliez faire.
Eh ! do quoi vous avisez -vous de m 'accuser de barbarie pour avoir dit je ne sais quoi qui n'a pas plù au « premier homme de notre temps », comme vous le nommez I J 'aurais eu de la peine à le deviner, si vous ne m'en aviez dit autre chose.
Mais voyons ce que c'est. Je vous dirai donc — sans rien déguiser — que je me rencontrai dans une compagnie de giens savants^ oii quelqu'un lut une Ode que ce « premier homme du temps » a faite pour Monsieur le Prince ; et comme chacun disait son avb de ces vers, Monsieur le Marquis de M*** et Monsieur Costar me questionnèrent sur le jugement que j'en faisais. Je leur répondis franchement que l'auteur avait rangé dans un ordre bien exact, sans oublier la moindre circonstance, tous les hauts faits d'armes de ce grand Prince, et qu'il semblait que ce poète avait pour but de mettre en rimes les Gazettes d'Allemagne plutôt que de composer une Ode à la nr.anière de Pindare, ou d'Horace, ou de Malherbe.
Si j'ai mal jugé^ vous deviez — ce me semble — vous contenter de m'en avertir ; et si j'ai mieux jugé que vous n'eussiez souhaité pour l'intérêt de votre ami, n'êtes-vousi pa& injuste de m'en vouloir mal. ? N'aviez-vous jamais rien découvert de cette affection bizarre, et pouvais-je deviner qu'un homme dont je ne suis pas abusé vous fût si cher ?
Encore suis-je en doute s'il est votre ami, quoique voua me l'écriviez, et peut-être qu'on vous en fait bien accroire en votre solitude. Je sais qu'en matière d'amitié il est moins honteux d'être la dupe que le pipeur ; mais il est bon de n'être ni l'un ni l'autre, et de sie connaître en gens. Est-ce un tour d'ami que
•de s'être vanté que de certains vers sont de sa façon - j'entends oes, beaux vers que vous avez faits pour Madame la Marquise de Rambouillet ? Si cela vous surprend et vous paraît peu vraisemblable, vous n'avez •qu'à vous en informer.
Je vous parle en ami^ Monsieur, et si je ne puis vous conserver que par la flatterie, je ne vous garderai pas longtemps,. J'en aurai bien du regret, puisque je suis — par estime et par inclination — votre très humble et très obéissant serviteur.
De Paris, le lo de mai.