‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 4 sur 57 · KX. COUR. — LE GRAND MONDE Î · texte numérisé non relu

KX. COUR. — LE GRAND MONDE Î

de la soixantaine, lâge critique pour la plupart : s'il avait eu de l'ambition, c'en était fait alors — ou à peu près — de ses désirs, de ses visées, de ses aspirations... N'allait-il pas songer bientôt à sa retraite ?

A cette époque, justement, il écrivait à un de ses amis : « ...nous qui n'avons point fait de progrès du côté de l'établissement, soit que notre génie nous ait portés à d'autres soins, soit que nous ayons manqué de conjonctures (i), nous ne devons pas nous en soucier beaucoup — car, en vérité, le monde et la fortune, à qui les connaît bien, ne valent pas tant d'empressement (i ). »

Si désabusé qu'il fût, il se sentait encore — vu sa parfaite validité, sa verdeur — capable de grandes choses : n'essaya-t-il pas, pour la dernière fois peutêtre, d'obtenir une faveur digne de ses se.rvices et de son savoir, d'autant plus qu'il comptait à la Cour de puissants protecteurs ? Notre avis, sur ce point, est qu'il rechercha (surtout après la mort du maréchal de Clérembaut) la charge de précepteur ou de gouverneur de Prince, ce Prince fùt-iil même le Dauphin. A ce point de vue, ne peut-on considérer son premier ouvrage — les Conversations — comme une véritable invite, comme une sollicitation ? Il faut le reconnaître, d'ailleurs : il réunissait au mieux toutes les aptitudes de l'emploi. Mais on lui préféra, comme précepteur, un Périgny quelconque et. comme gouverneur, un butor de la pire espèce.

Quoique bienvenu auprès du Koi, il ne put faire

(1) A propos d« eonjoncluret, cette réflexion du Chevalier nons parait piquante au sujet de Kichelieu, si dur à son endroit : i pour ce qui regarde la fortune, les conjonctures font presque tout ; et le cardinal de Rich lieu pouvait mourir évèque de Laçon. et Gromwel simple capitained'lnfanterie((Jft."utr#i poslhumet, p. 172.

(!) Lettres de Méré : LXXXV lettre, à Monsieur de"*

oublier — malgré Stcs attaches personnelles à la Régente et à Mazarin — ses amitiés avec les Frondeuses ; il ne put faire oublier surtout sa liaison avec Pascal... Le jansénisme, on le s<iit de reste, c'a été toujours, l'horrible obsession de Louis XIV^ son cauchemar, sa bête noire !

Il n'est pas jusqu'à celle, jadis (jardeuse de dindons, qui s'éleva jusqu'au trône — je veux dire Mme de Maintenon — dont il n'ait subi l'ingratitude et les rebuffades ; et pourtant, il avait été son « précepteur », il lui avait appris oet art desi agréments avec lequel (joint à sa beauté) elle sut captiver peu à peu, mais irrésistiblement, l'auguste Roi de France.

En dépit de tout, il prit bravement son parti de tant de mauvaises fortunes : il resta chevalier de Malte, ili resta surtout <( honnête homme ». Que lui fallait-il de plus pour jouer son personnage sur la scène du monde P

Il a souvent dit, répété, qu'il aimait <( Paris et la Cour, » que c'était là le lieu le plus favorable pour tous les divertissements — à savoir : « jeu, musique, ballets, entretien d'honnêtes gens et de femmes agréables (i), » etc. : Il eut donc un pied à la Cour et l'autre dans la Société parisienne. De ce côté, il avait d'abord ses amis, le duc de Roannez, Pascal, Mitton et autres, il avait ensuite les beaux-esprits du temps. Précieux et Précieuses. Mais il ne s'égara pas en ce pêle-mêle <( littéraire » : il se résena pour les salons de Mmes de Sablé, de Maure, de La Suze, du Ples&is, etc. : là où il n'y avait d'habitude que la fleur des honnêtes gens.

Entre tous ces rendez-vous mi-littéraires mi-mondains, l'hôtel Rambouillet eut longtemps le plus de

(1) A ce sujet, voir surtout ses Lettres — particulièrement la

Page 1