PÉDAGOGIE
Le plus beau naturel du monde est peu de chos«, si on n'a soin de l'instruire et de le perfectionner.
Comme la voix vient en chantant et que l'on apprend à s'en bien servir quand on l'exerce sous un bon maître^ l'esprit s'insinue et se communique insensiblement parmi les personnes qui l'ont bien fait. Il ne faut point douter que l'on en puisse acquérir, lorsqu'un habile homme s'en mêle.
Il ne suffit pas de savoir les choses par règles ni par instructions, il faut essayer de se les rendre naturelles pour les pratiquer d'une manière facile et de bonne grâce.
Il vaut beaucoup mieux donner du jour à l'esprit que de remplir la mémoire.
Un enfant bien né comprend tout ce qu'on lui dit, quand on en cherche les moyens et qu'on s'accommode à son génie.
Encore qu'un enfant n'entende pas d'abord, par exception, ce qu'on lui dit en toute son étendue, cela le prépare à le comprendre une autre fois. Ce sont comme de petits eissais de la raison qui ne vient jamais tout d'un coup.
Les premières émotions du cœur, et je ne sais quelle ébauche imperceptible qui se fait dans l'esprit d'un enfant, lui disposent la pente au bien ou au mail — et cela pour tout le cours de sa vie.
Dans les préceptes qu'on donne, il y a — ce me semble — un grand défaut dont les meilleurs Maîtres ne sont pas exempts : c'est qu'ils instruisent d'une manière obscure, comme les Oracles, sans rendre raison de ce qu'ils disent.
Il faut être aussi prompt à rebuter les défauts des
Maîtres qu'à prendre ce qu^on leur trouve de meilleur.
Ce qu'on doit corriger avant tout de la plupart des Maîtres, c'est quelque chose de trop concerté qui sent
l'art <*t l'étude.
Je me souviens de quelques bons Maîtres qui montraient les exercices dans une si grande justesse qu'il n'y avait rien de défectueux ni de superflu : pas un temps de perdu, ni le moindre mouvement qui ne servît à l'action. Ces Maîtres me disaient que si une fois on a le « corps fait », le reste ne coûte plus guère. Il me semble aussi que ceux qui ont a l'esprit fait » entendent tout ce qu'on dit.
L'expérience est une bonne maîtresse, mais qui me paraît bien lente, à moins qu'on ne la presse par de fréquentes réflexions, ou qu'on prenne les sentiments de quelque personne intelligente et qui juge bien de tout.
Comme on se perfectionne parmi de certaines gens, il me semble aussi qu'on se gâte avec la plupart des
autres.
Pour éclaircir tout ce qu'on dit de difficile intelligence, c'est un bon expédient que de prendre le tour de penser des personnes qu'on entretient ; et quand
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on use de comparaisons et d'exemples, que ce soit toujours de ce qui leur est le plus connu.
Quant à l'honnêteté^ les exemples domestiques ne sont pas à dédaigner. Un père, un oncle, un aïeul, tout percé de coups, qui n'entend jamais parler d'une action lâche, ou peu digne d'un brave homme, sans rugir comme un vieux lion — celui-là imprime dans une âme encore jeune et tendre des sentiments d'honneur que lie temps ne saurait effacer.