‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 46 sur 57 · DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

DE L'ESPRIT

L'esprit est une espèce de lumière : il se répand de tous côtés, en un moment, comme un éclair.

Il n'y a presque rien qui ne se puisse faire, quand on a l'esprit d'en connaître les moyens et l'adresse de s'en senir.

En toutes sortes d'entretien, plus on a d'esprit quand on le sait ménager — plus on est agréable.

Les plaisirs de l'esprit — plaisirs purs — ne sont jamais traversés par de fâcheux revers.

L'esprit le plus inépuisable tarit à la continue : il a besoin, lui aussi, de relâche et de repos. D'ordinaire, il s'use en usant le corps.

J'ai ouï dire à une personne qui a bien de l'esprit, qu'elle ne craignait tant que ceux qui en avaient tout le long du jour.

L'imagination contrefait l'esprit, mais elle n'en a que l'apparence.

Il y a des gens qui semblent dans le monde avoir plus d'esprit que les autres, mais qui n'ont — à les bien examiner — qu'une imagination confuse qui le-ur présente- beaucoup de fausses \asions sans aucun discernement : ce sont les moins capables d'instruction et de redressement. J'en ai pourtant vu qui sont devenus fort raisonnables. Il faut pour cela qu'ils soient bien dociles (ce qu'ils ne sont pas volontiers), et leur communiquer du goût et de la justesse — ce qui n'est pas encore bien aisé. Le meilleur moyen pour leur donner de l'esprit, c'est d'éclaircir et de régler leur imagination au point d'en faire une espèce d'intelligence.

Une erreur en attire beaucoup d'autres, et jamais on n'a l'esprit bien fait", qu'on ne l'ait épuré de toutes les fausses visions.

Quand on a de l'esprit, on se corrige aisément de l'imprudence ; il ne faut que le vouloir.

J'aime bien les gens qui témoignent toujours de l'esprit sans choquer personne — mais je hais cruellement ceux qui n'en ont que pour déplaire.

La moquerie est une marque d'un petit esprit et d'une méchante inclination.

Il n'y a point de bonnes qiialités qui plaisent, si la sottise le* accompagne.

Je n'ai jamais pratiqué de sots ou de sottes que je ne m'en sois repenti.

La sottise n'a pas moins d'aversion pour l'esprit, que l'esprit lui-même pour la sottise.

L'esprit me plaît bien, mais le oœur me touche encore davantage.

Ce n'est que le odeur et l'esprit qui donnent les vrais avantages, et vous ne devez élever ni abaisser que par M vos amis et amies : tout le reste n'est qu'une vaine apparence et qui change fort aisément.

Le langage du cœur ne se peut imiter, quoi qu'on fasse, par celtii de l'esprit.

N'usez pas des gentillesses de votre esprit pour découvrir les défauts de votre cœur.

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