‹ Le chevalier de Méré: rival de Voiture, ami de Pascal, précepteur de Mme. de Maintenon; étude biographique et littéraire, suivi d'un choix de Lettres et de Pensées du ChevalierChapitre 7 sur 57 · PEHIODE DE DISSIPATION. — JEU · texte numérisé non relu

PEHIODE DE DISSIPATION. — JEU

f>es discours ou traités des Agréments, de ta Conversation, de la Délicatesse, etc. »

Ces fonctions de a gouvernante des enfants de Monsieur » dévolues ainsi à la maréchale de Clérembaut, coïncidèrent — en quelque sorte — avec la retraite définitive du Chevalier : depuis ce temps, les rapports de l'un et de l'autre allèrent en s'atténuant }>our s'éteindre avec l'absence.

Notre Chevalier, qui avait le coeur vaste et qui jouit d'un automne aussi doux que prolongé, se consola aisément (peut-on croire) et du « peu de succès » de son amour auprès de la duchesse de Lesdiguières et surtout de 1' « indifférence » envers lui de la maréchale de Clérembaut. N'avait-il pas à sa disposition, ■afin de courtiser, et les autres Dames de la Cour et les <' grandes » ou « moyennes » Dames du dehors ?

Il aimait les brunes tout particulièrement ; pour lui, sans doute, elles avaient plus d'excitant, plus de « piquant » — selon son terme.

En même temps que la maréchale de Clérembaut, qui était brune, il rechercha une foule de brunes et brunettes avec lesquelles il se plut à flirter à cœurque-veux-tu. Parmi' elles, on citera Mmes de la Bazinière, de Mesmes, Ferrand, Bitton ; les autres, de moindre qualité, ont échappé à la chronique.

MADAME DK M.VINTENON ET SON PRÉCEPTEUR

De toutes les brunes que le ('.he\alier a pu connaître à Paris^ en province ou à l'étranger, celle qu'il a peut-ètr<5 le plus affectionnée et qui — elle ! — l'a tourmenté plus que toutes Tes autres autant par sa froideur que par son ingratitude, c'a été Françoise d'Aubigné, mieux connue sous le nom de « femme Scarron », mieux connue encore sous le nom de Mme "de Maintenon, mieux connue toujours comme épouse (secrète) du grand Roi Louis XIV.

Qu'on nous permette d'esquisser tout d'abord l'enîance et les premières aventures de cette personnalité singulière.

Elle est née à Niort le 27 novembre i635 ; son baptême eut lieu le lendemain, très probablement, suivant les usages. — On montre à Niort la pièce du Donjon où elle dut naître : c'était à la conciergerie. Il est à croire que sa mère, Mme d'Aubigné, rendait visite à son mari détenu au Donjon pour crime d'Etat, lorsque les douleurs de l'enfantement la surprirent et la forcèrent à accoucher, sinon dans la prison même, du moins dans les dépendances du rez-de-chaussée, loge ou vestibule du concierge. Une telle naissance semblait être le présage d'une extraordinaire destinée.

Vu les difficultés de l'existence pour Mme d'Aubigné, elle remit bientôt la petite Françoise aux bons Sioins de sa belle-sceuT Mme de Villette qui habitait le

château 3e Mursay, à quelques kilomètres de Niort. Là, (( Bignette » (ainsi la sumomma-t-on) reçut de sa tante le meilleur traitement. Malgré tout, à 7 ans, elle attrapa une maladie terrible, soit la gale, soit la variole, on ne sait au juste ; mais elle sortit encore indemne de cette épreuve. Décidément, le ciel la favori^sait !

Quatre ans après, son père, qui avait bénéficié d'une amnistie au début du ministère de Mazarin, obtint par faveur grande les fonctions de gouverneur de Marie- Galante, dans les Antilles. Toute la famille l'y suivit. Pendant le trajet, Françoise souffrit tellement du mal de mer qu'on la crut morte ; de plus, un corsaire faillit s'approcher du vaisseau de la Compagnie des Indes : l'heureuse étoile de « Bignette » conjura encore ce double péril. Arrivé enfin à la Martinique, le gouverneur de Marie-Galante parut s'y plaire au point qu'il oublia de rejoindre son poste. Mais au bout d'une année, après des abus sans nombre, il se sentit malade et s'empressa de revenir en France oij il succomba peu après (3i août 1647). Sa famille, qui l'avait accompagné à son retour, se trouva plus que jamais dans un grand embarras.

Que devint alors la jeune Françoise ? Sa bonne lante de Villette la recueillit de nouveau au château de Mursay. C'est à ce moment que « Bignette » changea d'appellation et reçut le « titre » d'Indienne. C'est à ce moment, aussi, que — d'après la tradition ou légende, si l'on veut — elle alla, chaussée de sabots, garder quelquefois les dilidons dans les prairies voisines du château.

Mais la voici déjà grande, puisqu'elle a 12 ans. Il faut penser à son instruction et à son éducation : n 'est-elle pas, comme elle le proclamait elle-même, une demoiselle ? Après accord entre ses deux « tantes )), MMmes de Villette et de Neuillan, elle quitta

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Mursay pour Niort : la comtesse de Neuillan, qui «'tait seulement sa cousine par alliance, mais aussi la mère de sa marraine (Su/anne de Baudéan, future duchesse de Nava'illes), de\ait dès lors en prendra soin, surtout pour l'instruction ; à cet effet, toutes facilités lui étaient acquises, car son mari — Charles de Baudéan-Parabère comte de Neuillan — exerçait les fonctions de gouverneur de la ville et du château de Niort. Mais quelle différence ce fut, pour Françoise, entre la dévouée sollicitude de sa tante de Mursay et l'espèce d'abandon où la laissa bientôt sa nouvelle « tante » ! Si elle résidait à l'hôtel du gouverneur et de la gouvernante, elle était obligée chaquejour d'aller en classes au pensionnat des Ursulines, parmi des inconnues de toutes espèces... Combien elle se S'entit dépaysée et peut-être amoindrie !

Ici, heureusement, apparaît notre Chevalier de Méré.

Le brillant gentilhomme qu'il était alors (n'oublions pas qu'il entrait à peine dans sa maturité) fréquentait beaucoup chez le Gouverneur et la Gouvernante de Niort. Il y aperçut vite Mlle d'Aubigné dont la beauté naissante le frappa ; il remarqua ensuite qu'elle n'était pas seulement jolie, attrayante, mais ({u'ello avait des qualités morales et intellectuelles des plus heureuses.

Sachant les épreuves de sa famille et les difficultés de sa propre situation, n'a-t-il pu s'intéresser tout sjx)ntanément à son sort, à son avenir ? L'idée lui vint d'aider, autant que possible, à son instruction — de la façonner pour le monde — de lui apprendre Fart suprême des agréments. La Gouvernante de Niort approuva sans doute un tel dessein, qui devait servir (jugeait-elle) au prompt établissement de sa pupiUe : c'est ce qu'elle désirait, a-t-on dit, afin de se débarrasser d'elle au plus tôt. Qu'en pensa la jeu-

ne « demoiselle » ? Elle sourit à part elle, mais se prêta de bonne grâce à l'entreprise qui ne lui messeyait pas.

Force est de le reconnaître, le Chevalier avait de réelles aptitudes pour le préceptorat : doux, patient, méthodique, judicieux, il lui eût été facile de connaître à fond ses élèves et de les diriger en conséquence ; rempli^ pénétré des meilleurs principes d'éducation, il aurait parfaitement enseigné les bitenséances du monde, les règles du savoir-vi\Te, les notions de la morale ; instruit enfin, savant dans les princi{>ales langues anciennes et modernes, il se serait plu à développer^ à étendre — suivant leur importance — les connaissances littéraires qui devenaient dès lors nécessaires^ indispensables. Parmi les beaux esprits de ce temps, y en avait-il d'assez capables pour mieux enseigner ces éléments essentiels l*

Ce qu'il n'a pu faire à l'égard d'un Prince, d'un fils de Roi, il l'a fait avec plaisir pour ime (( demoiselle », sa compatriote, douée excellemment. Il lui a inculqué, avant tout^ sa science d'honnête homme et lui a appris — avec le pur français d'abord, avec un peu de latin ensuite, avec l'italien et l'espagnol à la fin — la littérature en général, la rhétorique, l'histoire et une teinte de philosophie. Déjà sérieuse et ainsi armée, elle pouvait aller loin ; et effectivement elle alla loin, si loin qu'elle atteignit, sans trébucher (au moins en apparence), les plus hauts sommets de ce monde.

Son « précepteur », qui se dévoua de toute âme à cette œuvre, a été fier de Celle qu'il avait formée, stylée de celte sorte vraiment supérieure. Et il a crié sa Oerté, çà-et-là, aux meilleurs échos de Paris et de la province...

Sa première confidente à ce sujet, c'était de droit la duchesse de Lesdiguières : « vous voulez, lui dit-il,

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que je vous parle de cette jeune Indienne que vous appelez mon écolière... Outre qu'elle est fort belle et d'une beauté qui plaît toujours, elle est douce, reconnaissiinle (il le croyait alors !), secrète, fidèle, modeste, intelligente, et pour comble d'agréments, elle n'use de son esprit que pour divertir ou pour se faire aimer ». (i)

Plus tard, il écrivait à M. de Marillac, intendant du Poitou, qui devait « gouverner 3 ou /i jours » Mme de Maintenon : « j'ai été le premier à l'instruire, et quand elle devrait rougir d'avoir eu un si mauvais maître, je n'ai pas peu contribué à ces manières si délicates et à ces grâces si piquantes que vous admirez en elle. J'espère lui faire avouer en votre présence qu'elle m'en est obligée » (i).

Mais assez d'intermédiaires ! Voyons plutôt ce qu'il iui exprima directement, dans une lettre des plus typiques (r)) : ... « je pense avoir été le premier qui vous ai donné de bonnes leçons, et je puis dire sans vous fîaiter que jamais enfance ne m'a paru plus aimable que la vôtre, tant pour les charmes de votre persionne, que pour avoir le meilleur cœur du monde et l'esprit le plus éclairé. Je me souviens que je vous instruisais à vous rendre aimable... de sorte que si l'on ne vous regardait aujourd'hui comme une Dame parfaitement accomplie, il ne s'en faudrait prendre qu'à moi, sr ce jn 'était peut-être que la Cour vous eût gâtée... Je vous mets au-dessus de toutes les autres... Vous donnez tant d'admiration qu'il faudrait avoir votre génie et vos délicatesses pour vous louer d'aussi bon air que vous le méritez », etc.: De pareilles louanges, si bien assaison-

(1) Lellres de Mère : LXI* lettre.

(2,1 Leilrex de Mrré : LXXVf lettre.

<3) Ibid: XLIH- lettre.

nées, ne paraissent-elles pas se retourner en partie \Trs le Précepteur lui-même ?

Les leçons que Mlle d'Aubigné reçut ainsi du Chevalier durèrent — moins quelques intervalles — pendant 4 années environ. Ce fut tantôt à Niort, tantôt à Paris même, qu'eut lieu ce mémorable enseignement, car la comtesse de Neuillan allait assez souvent (tout comme Méré lui-même) de l'une à l'autre cité, surtout pour intérêts de famille. A Paris, précisément, elle habitait le quartier où demeurait Scarron, déjà renommé à cause de ses ouvTages et à cause de l'Académie mi-littéraire mi mondaine qu'il tenait régulièrement.

Le Chevalier ne manquait pas, on se l'imagine, d'assister aux réunions des beaux esprits, soit chez. Scarron, soit ailleurs. Si c'était la mode, c'était surtout son agrément — à lui — son goût ! Entre les habitués du cercle Scarron, se distinguaient (sans l'omettre lui-même tout d'abord) le duc de Yivonne, Miossens, Saint-Pavin, d'Elbène, le marquis de Coligny, etc.; et du côté féminin. Mesdames de La Sablière, de la Suze, Fouquet et plusieurs autres. Le rire, sous la forme du burlesque ou autrement, n'était pas exclu de cette Académie.

La réputation grandissante de Scarron, la proximité de son habitation et de l'hôtel Neuillan, l'amitié qui l'unissait déjà au Chevalier, tout cela forma bientôt le trait d'union qui rapprocha de lui la jeune d'Aubigné. Personnellement, il se montra si gracieux envers elle que cette sympathie ne tarda point à la toucher. A bref délai, dès lors, les choses allaient se précipiter jusqu'au mariage...

Il est temps de se demander quels sentiments, quels sentiments intimes, avait conçus peu à peu le précepteur lui-même envers son « écolière ». A i6 ans, la veille en quelque sorte de son union avec

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Sc^rron, l'Indienne devait être formée, presque formée du moins, et réunissait sans doute tous les charmes d'une parfaite adolescence. Evidemment, à la voir si souvent et de près, le Chevalier se surprit maintes fois à l'admirer. Or, a-t-on dit, de l'admiration à l'amour, il n'y a guère qu'un pas : ce pas aurait-il été franchi ?

Pendant un voyage à Niort de Mlle d'Aubigné — avec sa (( tante » de Neuiîlan, accompagnée probablement du Chevalier — Scarron qui partageait au moins l'admiration de celui-ci pour l'absente, lui adressa une lettre où se trouve ce curieux passage : « ... Ce mal qu'on appelle l'impatience de vous voir, c'est une maudite maladie. Ne vois-je pas bien comme il prend au pauvre Méré de ce qu'il ne vous voit pas aussi souvent qu'il voudrait, encore qu'il vous voie tous les jours ? Il nous en écrit en désespéré ; et je vous le garantis âme damnée, à l'heure que je vous parle, non pas à cause qu'il est hérétique, mais parce qu'il vous aime, et c'est tout dire ! » Il est à présumer que Scarron plaisantait, daubait ainsi sur son ami Méré — mais pour mieux plaider sa propre cause et faire valoir son amour personnel.

Il y a lieu de penser, cependant, qu'à un certain moment le Chevalier gagné, séduit par les attraits de toutes sortes de son « écolière », oscilla entre des sentiments indélinis&ibles. Il avait près de l\8 ans, et M cet àge-là il était encore puissant et inflammable Ne rapporte-t-on pas de Turenne qu'il s'éprit de Mme de Coêtquen â 60 ans ? Et nombre de cas de l'espèce se produisirent alors...

Mais il importe d'écouter le Chevalier faire l'aveu de ses impressions — à elle-même, d'abord : « je vous instruisais à vous rendre aimable, et dès lors vous ne l'étiez que trop pour moi » ; — à un de ses amis, ensuite : « je la crains presque autant que je la

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souhaite. Elle m'a £ait pass,er de fâcheuses nuits, et si je la revoyais souvent, cela me pourrait bien encore arriver ».

D'aucuns ont conjecturé qu'il avait « songé » au mariage, au mariage avec elle I La preuve, ou l'indice, c'est qu'il se serait offert lui-même en guise de mari, dans ces termes : « ne dirait-on pas que je vous veux disposer à recevoir les services d'un galant homme ? Mais je n'en sache point de si digne de vous que moi, et je sens bien que si la fantaisie de me prendre vous était venue, je me laisserais vaincre et que je vous aimerais toujours ». Mais il ajoute ausisitôt : ({ il me semble que si vous étiez un peu plus enjouée et qu'on pût espérer de vous plaire en badinant, vous en seriez plus saine et plus heureuse ». ...En badinant! Le Chevalier plaisantait donc, et il plaisantait pour mieux faire agréer par elle une recommandation en faveur d'un ami et compatriote.

D'ailleurs, ne savait-il pas qu'un mariage oij la disproportion d'âge serait trop grande (3o années !) deviendrait impossible ? Il n'ignorait pas surtout qu'il n'avait encore ni fortune personnelle, ni situation quelconque. Qu'aurait-il offert, en compensation de ses 3o ans de surplus, à une femme qu'il connaissait raisonneuse et ambitieuse ? Qno non ascendam, c'était sa devise — à elle — autant que celle même de Fouquet.

Toutes réflexions faites — s'il en eut besoin — il renonça bravement aux velléités de mariage, voire à l'amour, à tout ce qui pouvait le tenter en elle ; il se renferma dans la tendresse, disons (si l'on y tient) dans « Faniitié amoureuse » ou, selon l'expression d'éminents historiens (i), ^ians un iintérêt affectueux mêlé de coquetterie.

S'il est indéniable qu'il eut, en réalité, et qu'il conserva pour elle une profonde tendresse — affec-

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tlon d'hornmc, doublée d'affoclion de précepteur — quelle r(^ipTocité de sentiments monlra-t-elle à son endroit ? Tant qu'elle sentit avoir besoin de ses appuis, de ses conseils, elle témoigna de la sympiUhie et de la déférence ; mais lorsqu'elle parvint à dominer, à s'élever de plus en plus, jusqu'aux approches du trône, elle oublia vite le « pauvre Méré » — suivant le terme si juste de Scarron... Et elle l'oublia alors avec bien d'autres ! Dans la lettre à la duchesse de Lesdignières que nous avons citée, le Chevalier avait attribué à son (( ex-écolière » mille et une vertus entre autres la « fidélité », la « reconnaissance », etc. Ne doit-on pas affirmer qu'elle ne resta ni fidèle ni reconnaissante pour celui qui l'avait tant aidée, par les meilleures leçons de sagesse et de prudence, à surmonter les obstacles de la vie ?

Cet oubli prolongé, excessif, blessa à la fin et exaspéra le galant homme ainsi méconnu : il ne se contraignit plus pour se plaindre, pour montrer au public même une pareille vilenie. Remarquez que le fait s'est produit à l'instant (ou bien près) de l'ascension suprême de l'oublieuse ; les Lettres du Chevalier paiurent efi'ectivement en librairie au cours de l'année 1682, et là se trouvent précisés en traits vengeurs — surtout si on lit bien entre les lignes — son amertume, son crève-cœur.

Une demi-rupture avait commencé, au moins par intermTftences, longtemps avant cette époque — comme le constate cette première récrimination de l'ancien Précepteur :

« Vous souvenez-vous. Mademoiselle, que dès votre plus jolie enfance, vos petites façons me plaisaient et que vous me promîtes de m 'aimer tou-

(^) MM. Uanotaux et d'Hausson ville : Souvenirs sur M"" de: Maintenon, Paris, Lévy, s. d. 3 vol. in-8 : tome I". p. V de l'iniroduction.

jours? Encore depuis ce temps d'innocence vous m'avez souvent fait la grâce de m'en assurer. Cependant |e m'imagine que, sans être trop soupçonneux, je me pourrais défier de mon bonheur, et que si vous ne me donnez sujet de vous regarder comme une déloyale, au moins je vous puis accuser d'une extrême négligence... Gardez-vous bien de rompre avec moi : vous feriez paraître en cela beaucoup d'inconstance et tant soit peu d'ingratitude (i). »

La « négligence » relevée de la sorte ne fit que croître et s'enlaidir ; elle s'accentua, tout spécialemient, lorsque Mme de Maintenon devenue gouvernante des enfants (adultérins) du Roi vivait, un peu en recluse, à Saint-Germain. Le ChevaHer lui écrivit alors une lettre dont nous citerons, ces passages :

... « Tout ce qu'on censure le plus dans votre procédé, c'est qu'on s'imagine que vous négligez vos anciennes connaissances; et pour ce qui me regarde, ;e tiendrais à un grand déshonneur qu'une personne de si bon goût donnât à penser qu'elle m'eût oublié après une si longue amitié... » (2).

Les deux lettres précédentes, reproduites en partie, furent adressées sous le voile de l'anonymat ; le voile était transparent, il est vrai, mais laissait subsister des doutes pour quelques-uns. Maintenant, plus de voile ! La lumière éclate d'autant plus vive que l'examie du Chevalier touche au pinacle ; ici, les reproches sont transmis directement, personnellement, à Madame de Maintenon :

(1) Cette lettfrt la XLVFI- du Recueil de Mêi-éî nous semble bien avoir eu M"* d'Aubi£;né — altos M" Scarrnn — pour destinataire : les particularilés visées çà vt là l'attestent de la manière la plus plausible.

(2) M™"'** (de Maintenon) est incvinteslablement la D.ime à qui fut adressée cette lettre que distins^ueul plusieurs traits répétés ailleurs et concernant M" de Maintenon elle-même. La Beauraelle confirme cette suscription (Voir lettre XXIIIb des Lettres de Méré.)

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