MADAME DF. MAINTF.NON ET SON PRÉCEPTEITR
... « Vous m'aviez extrêmement négligé... Il est pourtant vrai qu'on trouve en votre procédé je ne sais quoi à redire... On s'imagine donc que vos anciens amis ne tiennent pas en votre bienveillance une place fort assurée... Les critiques de la Cour observent que vous ne favoris^'z que des gens qui ne vous en sauraient être fort obligés, parce qu'ils sont déjà si élevés que tout ce que vous ajoutez à leur fortune est presque insensible... Je souhaiterais pour le comble de votre gloire que vos^ bontés s'épandîssent \sut quelques personnes dont le mérite est moins en vue, )) etc..
.\insi, en 1683, le nom de Mme de Maintenon était proclamé devant le public de France, devant le monde, avec une tache qui devait atteindre — disons plus ! — qui devait amoindrir sa personnalité : car qu'y a-t-il de plus blessant, pour une femme, que le manque de cœur, que le défaut de générosité, constatés par qui de droit ? Ce « côté faible », très faible, de Mme de Maintenon a été signalé par Sainte-Beuve qui n'a pas manqué de faire ressortir qu'à mesure que son influence augmentait, elle laissait tomber inçensiblemont dans l'oubli ses relations du passé (iV C'est la caractéristique de cette femme qui a tout s;icrifié à son intérêt personnel.
Par bonheur pour elle, le Chevalier était profondément imbu des sentiments d'honnêteté : sinon, quelle vengeance aurait-il pu tirer de 1' « ingrate » ! Par Ninon, il devait savoir, il savait sur elle des histoire^ tout à fait intimes et plus ou moins avouables. Ninon, en effet, n'a-t-elle pas été du dernier bien (pour ne pas dire davantage) avec la Scarron, surtout avec la « veuve » Scarron ?
(il Dans UQ arliclo, déjà cite. île la /fevue des Deux-. Mondes. ■en datedu !•' janvier 1848.
A cette époque de sa vie, celle-ci devenue supérieurement belle et appétissante — « piquante », aurait dit son précepteur — eut nombre de poursuivants fougueux, depuis le beau Miossens jusqu'au cardinal d'Estrées, sans» omettre les intermédiaires Villars, Barillon, Guilleragues, etc.. Tous, paraît-il, auraient été malheureux ! Une exception, toutefois, se serait produite en faveur de l'irrésistible marquis de Villarceaux. Qu'y aurait-il eu d'elle à lui, et de lui à elle !* Ninon, dont la véracité n'est pas suspecte, a dit ces mots expressifs : « jei ne sais rien, je n'ai rien vu, mais j'ai souvent prêté ma chambre jaune (cette chambre était prédestinée...) à elle et à Villarceaux ». Il y a là, semble-t-il, certain mystère, et on ne saurait vraiment que douter et glisser: comme l'ont déclaré MM. Hanotaux et d'Haussonville eux-mêmes (i),. « la période des Villarceaux et des Ninon de Lenclos est périlleuse... à expliquer ».
Pour ceux qui affirment la chute de la veuve Scarron il convient de rappeler la prudente répartie de Mme de Lassay : « comment faites-vous pour être surs de ces choses-là ? »
Le Chevalier de Méré, qui a su certainement d'original même et cette affaire et quelques autres, ne s'est pas laissé prendre à ces racontars — si fondés qu'ils parussent être. D'ailleurs, il était au-dessus de ces bassesses, comme il était également au-dessus de tout ressentiment. Lui, certes, n'ignorait pas combien son « ex-écolière » avait de charmes, de séductions, et à quel point elle pouvait affoler les, hommes ; mais il n'ignorait pas aussi avec quelle puissance, avec quelle volonté, elle pouvait se retenir elle-même, fût-ce au moment fatal ! Son a mérite extraordinaire », il le reconnaissait volontiers ; sa
(1) Souvenirs sur 3/"* de Mainienon : t. II, p. XXXVI.
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« vertu », il l'a vu attaquée, menacée, et par les favoris de ia Cour et par les g-ens de la plus haute finance, prédisant de suite qu'elle soutiendrait bien des assauts avant de succomber. Aussi, comme il la connaissait non moins belle que volontaire, non moins prudente qu'ambitieuse, il s'est plu à annoncer — longtemps à l'avance — soit à des Intendants tels que Marillac et Pellot, soit à des amis particuliers, sa fortune et sa grandeur.
Pour arriver à ses fins, elle a méconnu, sacrifié tout et tous, non seulement ses amis et ses, bienfaiteurs, mais encore les sentiments quels qu'ils soient et peut-être jusqu'à l'amour lui-même. C'est pourquoi elle a oublié, tour-à-tour, et trahi
Vauban,
Pellisson,
Racine,
Fénelon,
Mmes de Brinon, — de Lii Fayette, etc., etc.
Le mariage secret de Louis XJV avec Mme de Maîntenon eut lieu — d'après les historiens les plus autorisés — tout au commencement de i68/}, en janvier même, est-il assuré. En ce cas», Méré qui finit précisément avec cette année, dut connaître à temps cette glorieuse aventure de son « élève » : ses correspondants de Paris, Mitton entre autres, se firent sans doute un devoir de lui apprendre aussitôt ce fait qu'il pressentait et attendait peut-être.
Qu'en pensa-t-il ?
11 est permis de croire qu'à part le dépit pour une ingrate, il ressentit une s^itisfaction profonde, presque de la fierté : Mme de Maintenon, après tout, n'était-ce pas son œuvre ?