LES COUTEAUX DE DU HALOT
La table était carrée, assez grande pour que les convives fussent à l'aise, sans être trop éloignés les uns des autres.
Du Ifalot avait la réputation d'un gourmet, et c'était une bonne fortune que de dîner cliez lui. Le couvert était mis avec recherche, et le fumet des plats embaumait la salle.
Sur un signe de l'amphitryon , Ancyre prit place au milieu de la table; le Gascon était à sa gauche, du Halot à sa droite et du Fresne en face.
Le sergent se campa derrière le fauteuil de son capitaine.
Le Gascon récita le benedicite avec dévotion et fut pieusement écouté.
— Voilà de merveilleux couteaux, dit Ancyre en examinant de près celui qui touchait son assiette, et le comparant à ceux de ses voisins ; Tudieu ! quelle taille 1 on découdrait un sanglier avec cette lame.
Du Fresne et le Gascon prirent leurs couteaux, le Gascon étudiant les ciselures du manche, du Fresne essayant la pointe et la trempe sur l'ongle d'un de ses pouces.
— C'est du Benvenuto Cellini tout pur, dit l'ahbé d'un air capable.
— Oh ! oh ! croyez-vous?
— Pardienne ! demandez à mon oncle?
— Jacques a raison. Le bon et grand roi François I®'' fit don d'un service complet, sorti des mains du célèbre graveur florentin , au sire Estienne du Halot, mon grand-père...
— Et mon grand-oncle, reprit le Gascon.
— Et ton grand-oncle, oui, mon ami; ces manches en or massif ont été travaillés par Cellini.
— En tout cas ils font frémir.
— Aussi, demandez à mon oncle à quoi ils servirent une certaine nuit, de sanglante mémoire.
— Contez-nous cela, mon cher hôte, dit Ancyre.