CHAPITRE PREMIEB
aussi notre Grt'o s*élait-il j);irl;iilen)enl lancé.
— Je vous rends mille grâces, mon cher hôte, (lit du ïlalot à l'Albanais, vous êtes exact comme nn amoureux ; veuillez vous reposer. Je vois venir le capitaine du Fresne, et nous allons nous mettre à table.
— Eh ! vous avez invité du Fresne?
— Oui; cela vous déplaît-il?
— A moi, non... mais à lui.
— Pourquoi donc?
— Comment ! vous ne savez pas?
— Je ne sais rien.
— Jour de Dieu ! toute la ville en glose ; c'est déjà vieux.
— Je vois si peu de monde. Qu'est-ce?
— .Ma loi l ce n'est pas moi qui vous instruirai. Bien le bonjour, capitaine, dit Ancyre à lami de du Ilalot qui entra, les yeux un peu effarouchés, le chapeau sur le coin de l'oreille et l'épée battant les mollets.
— Bien le bonsoir! }l. le gouverneur, répondit du Fresne d'un ton assez maussade.
— Bon ! glissa l'Albanais à l'oreille de du Halot; je vois qu'il est plus avancé que vous.
— J'ai compris... je suis un maladroit.
— Bah! au contraire, vous auriez dû inviter madame du Fresne.
— Mon cher oncle, vous êtes à peu près servi,
dit le Gascon en entrant dans la salle , et votre souper a très-bonne odeur.
Apercevant les étrangers , il salua profondément.
— Messieurs , je vous présente Jacques Clément, mon neveu à la mode de Bretagne, un gentil clerc , moitié royaliste et moitié ligueur, comme tout bon chrétien ennemi des réformés.
Ancyre et du Fresne saluèrent.
— Mon neveu arrive de Paris, où est le roi, ajouta du Halot.
— Ah ! vous avez sans doute vu M. de Brissac? demanda Ancyre.
— Oui, et je suis même chargé de vous parler à l'oreille de sa part.
— Est-ce grave?
— Oh ! mon Dieu ! pour un galant à belle mine comme vous , affaire d'amourette est toujours grave.
— Si ce n'est que cela , nous nous reverrons, fît l'Albanais avec fatuité.
Mais, saisissant aussitôt le bras du Gascon, il le pinça rudement pour le prier de se taire, et regarda du Fresne en dessous.
Le fantassin était sombre et roulait des yeux menaçants.
— Votre neveu met le feu aux poudres , dit Ancyre à du Halot. Permettez-moi de donner
CHAPITHE PREKIEB. 23
quelques ordres à mon sergent; en un instant je suis à vous.
Du Halot se rapprocha vivement de ses deux compagnons, et, s'adressant à du Fresnc ;
— Mon neveu, que je vous recommande, cher ami, nous vient donner un brave coup de main ; le duc d'Épernon nous l'a dépêche, tant il a hâte de nous voir à la besogne.
— Eh bien! répliqua du Fresnc en saluant tout d'une pièce le Gascon , finissons-en dès ce soir; je vais, tout d'abord, couper la gorge au Grec...
— Tout beau, corbeuf! Mes amis, nous avons trois choses à faire : égorger ce mignon, prendre sa citadelle et faire sauter sa garnison. Or, la meilleure manière de mener ces trois entreprises à bien, c'est de les mener de front. Si vous voulez me croire, n'agissez que quand je vous donnerai le signal.
— Et quel sera ce signal? demanda du Halot.
— Mon cher oncle, nous allons souper tout bourgeoisement ; vous vous mettrez à la droite du Grec, et vous me mettrez à sa gauche; le capitaine du Fresne se placera en face. Tous deux vous mangerez et boirez comme deux bons apôtres; moi je ruminerai de beaux projets dont je choisirai le meilleur. Si vous me voyez me lever et sortir de la salle , vous essayerez chacun le
manche et la lame de votre couteau, et vous choisirez la place pour frapper d'un seul coup, mais mortel, vous, mon oncle, votre hôte, vous, capitaine, ce vilain sergent qui était là tout à l'heure. Je vous prêterai main forte.
— A quel moment ferons-nous ce carnage ?
— Quand vous me verrez porter mon verre à mes lèvres de la main gauche ; dès que le verre touchera ma bouche, mais pas avant, haro sur le cuistre !
A ces mots, du Fresne tressaillit de la tête aux pieds , mais il se remit bientôt de cette secousse.
— Et si tu bois jusqu'à la fin du repas de la main droite? dit du Halot.
— C'est que le Grec aura encore un jour à vivre.
— Et pourquoi te lèveras-tu de table ?
— Pour faire assommer l'escorte... Belle question!... Chut! voilà notre garnement qui revient.
— Votre neveu parle comme un livre , glissa du Fresne à du Halot.
— C'est un savant qui sera cardinal, s'il n'est pendu.
Les;convives et l'amphitryon passèrent dans la salle où le souper était servi. Le sergent suivit son capitaine comme le chien suit son maître.