‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 105 sur 185 · CHAPITRE PREMTEB. il · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMTEB. il

Navarre, je pris un hiihii de rustre el coniçédiai mon laquais, en tète de mes équijiagcs, ne conservant pour mon usage qu'un cheval assez commun, (jui me faisait })asser pour un homme de rien. Vous voyez comhien l'amour me trottait par la cervelle!

u Je voulais savoir où allait la dame de mes pensées , et j'étais décidé à la suivre jusqu'aux enfers, si, contre mon attente, elle ne me menait pas tout droit en paradis. »

La gitana regarda encore sa maîtresse assez sournoisement et sembla lui insinuer, par ce nouveau coup d'œil, que cet étrange personnage était, au moins, d'une charmante politesse fort de son goût.

— Continuez, monsieur, dit la Vénitienne sans prendre garde aux réflexions de la jeune fille.

— Nous cheminâmes ainsi, reprit le vicomte, à petites journées, sans que les trois voyageurs fissent plus d'attention à moi qu'à un chien marchant sur leurs talons ; et, dès la cinquième étape, je ne fus pas peu désappointé de voir mes trois pèlerins tourner la ville d'Angers, et se présenter à la barrière du château de cette ville qui s'est refermée sur eux jusqu'à ce jour. La ville d'Angers était, pour moi, une espèce de gueule de loup où je m'étais veuu fourrer très-

étourdiment. Les bourgeois tenaient ou pour la Ligue ou pour le roi, et pendaient sans miséricorde ceux qu'ils soupçonnaient de calvinisme. Ma fausse position me fit comprendre que mon aventure touchait à son terme.

« Néanmoins , poussé par ma mauvaise tête, j'attendis tout un grand jour, puis deux, puis trois, espérant voir sortir de celte damnée citadelle la belle étrangère que j'y avais vue entrer. Voulant la guetter de jour et de nuit, je me glissais à la brune le long des fossés, et je faisais sentinelle des yeux et de l'oreille du mieux que je pouvais.

« Dès la troisième nuit, comme je rôdais aux environs de ce bastion que vous occupez, j'entendis un chant plaintif qui me rappela les refrains dont mon enfance avait été bercée sur les canaux de Venise et les lagunes de l'Adriatique. Guidé par la voix mélodieuse, je me précipitai dans les fossés, au risque de me rompre le cou, et je reconnus l'accent sonore et suave de cette voix... Madame, c'était la vôtre, car cette belle étrangère si violemment aimée, si amoureusement poursuivie, c'est vous, vous, dont le nom même ne m'est pas encore connu.

— Et qu'avez-vous compris à ce chant ?

— A quoi servirait d'être amoureux, s'il ne s'établissait immédiatement une intelligente sym-

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