‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 106 sur 185 · CHAPITRE PREMIIR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIIR

pathie entre les cœurs? J'ai compris le mystère de votre séjour au château ; j'ai deviné que vous étiez retenue entre ces épaisses murailles par quelque enchanteur félon, et en digne chevalier, en paladin des temps héroïques, j'ai juré que je vous délivi'erais des perfidies de votre tyran.

u A dater de ce moment, je roulai projets sur projets dans ma tète. Je me rappelai les exploits de tous les héros du seigneur Arioste, et j'eus beau me creuser la cervelle, je ne pus trouver le moyen de prendre, à moi tout seul, une citadelle formidable, gardée par de vaillants drôles, et défendue par des fauconneaux qui auraient dérouté Roland lui-même, si furieux qu'il pouvait être. Ne sachant monter seul à l'assaut de votre prison, je résolus de me faire aider de quelques amis, et, comme toute idée naît d'une autre idée, la pensée me vint d'intéresser le roi de Navarre dans cette affaire, et de lui conquérir une forteresse dont il a grande fantaisie depuis quelque temps.

«c J'écrivis à un ami que j'aime mieux qu'un frère, à un brave Gascon, nommé le chevaher de Pampelonne, grand chercheur d'estocades; je lui racontai quelques bruits qui couraient par la ville, et lui demandai s'il ne ferait pas volontiers sa partie dans cette occasion.

14 LE CHEVAllER DE PAMPELONNE.

« Chose étrange ! le Gascon avait, depuis trois mois, une dent contre la ville d'Angers et sa citadelle; je ne sais trop pourquoi, et il me fit dire qu'acceptant de grand cœur ma proposition, il allait la soumettre au prince de Condé, alors occupé près de la Rochelle, et qu'il ne tarderait pas à me venir prêter main-forte. Il me conseilla, en outre, de me faire citadin d'Angers, aussi bien que je pourrais, pour le tenir au courant de tous les événements favorables à notre entreprise.

«( Alors je me fis laquais d'un nommé du Halot, qui avait été gouverneur du château, et qui, dépossédé par Brissac , nourrissait contre vos geôliers de secrets ressentiments. Mon servage ne dura pas moins de quinze jours, et les habits que vous voyez sont les insignes de la charge de palefrenier que j'ai remplie, avec zèle, pendant tout ce temps. La nuit, je m'échappais de la ville et je venais vous écouter sous cette fenêtre. J'ai été tenté bien souvent de vous répondre et de vous rassurer, mais la prudence m'a fait taire.

u Bref, mon Gascon est arrivé hier à Angers sous un déguisement de moine, et le rusé compère a si bien emmanché notre conjuration, que nous sommes entrés aujourd'hui, à midi, dans votre prison, et qu'après avoir tué le Grec et fait prisonniers tous ses soldats, nous avons planté

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