‹ Le chevalier de Pampelonne (volume 2)Chapitre 108 sur 185 · LES CONFIDENCES DE GOURDON · texte numérisé non relu

LES CONFIDENCES DE GOURDON

— Je suis de famille patricienne, répondit à Gourdon l'Italienne, pendant que Venczia semblait applaudir à sa franchise. Le nom de mes pères est inscrit sur le livre d'or ; permettez que je vous le laisse ignorer : j'ai été trop cruellement punie de l'imprudence que j'ai commise en me fiant à la loyauté du gouverneur de cette citadelle. J'ai quitté ma patrie pour me rendre à Paris où m'attend le dénoûment d'un drame terrible : drame qui emportera ma vie dans un paradis de délices ou dans un noir tombeau ! N'osant confier à aucun de mes parents, à aucun ami, le secret de mes voyages et de mes projets, 2. 3

ÎS LE CHEVALIER DE PAMPELONNE.

j'ai pris pour guide un soldat de fortune, un homme à gages, un spadassin redoutable, capable de me faire respecter sur mon chemin. J'ai débarqué à Bordeaux, et suis venue jusqu'ici, m'abandonnant à la sagesse et h l'expérience de ce guide, assurée par lui que nous trouverions un protecteur dans M. le comte de Cossé, gouverneur de ce château. A peine entrée dans ce repaire de brigands, le lieutenant du comte de Cossé me déclara formellement que pour en sortir il fallait accepter l'odieuse condition de l'épouser. L'éclat de mon titre , la fortune et le rang qu'il annonce avaient séduit ce misérable et encouragé son insolence. Je rejetai avec horreur ses propositions, et, aussitôt, il me sépara de mon guide, l'enferma dans je ne sais quel réduit de ce château, puis, croyant me vaincre par la terreur, il me menaça de faire mourir mon père (le guide) , si je ne lui accordais ma main. Telles sont les menaces qu'il m'a faites ce matin même, menaces que j'ai repoussées avec dédain, préférant la mort pour moi-même à l'ignominie d'une semblable alliance. Vous êtes venu à mon secours ; soyez béni ! Vous me demandiez si vous n'auriez pas de nouveaux services à me rendre ; M. le vicomte, franchement, je vous répondrai : Oui, vous devez m'en rendre deux, dont Dieu vous récompensera.

CHAPÏTRE II.

— Ordonnez, madame.

— Tout d'abord , vous profiterez de votre toute-puissance dans ce château conquis pour faire rendre la liberté à mon serviteur qui est dans quelque cachot secret, à ce que m'a dit l'Albanais.

— Je vais mettre mon Gascon Pampeionnc en campai^nc. Il connaît tous les recoins et toutes les oubliettes de la citadelle. Ainsi, n'ayez aucun souci de ce côté.

— Quand cet homme sera libre, vous nous ferez sortir d'ici tous les trois, ajouta la Vénitienne en montrant la jeune fille.

— Et vous me permettrez de vous accompagner?

— Et vous cesserez de nous suivre... Peut-être un jour nous retrouverons-nous...

— Peut-être! répéta Gourdon avec un soupir étouffé.

— Oui, peut-être, et si je suis plus heureuse alors qu'aujourd'hui, vous serez royalement récompensé de votre loyauté.

— Royalement! se dit le vicomte en réfléchissant à cette expression.

— Ainsi, vous m'avez donné votre parole de gentilhomme, monsieur? continua la Vénitienne.

— Je l'ai donnée, madame, répondit Gour-

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don, dominé par la voix grave et le port majestueux de la Vénitienne.

— Je vous prie encore de laisser croire à vos amis que mon guide est mon père.

— Je le promets.

— Merci!... Prenez cette bague et portez-la en souvenir d'une amie qui a l'ingratitude en horreur.

Le vicomte tendit la main, se laissa passer au doigt un brillant magnifique et dit :

— Ainsi, voilà où s'arrête votre confiance? Vous me demandez deux chétifs services, et vous refusez de m'apprendre quelle douleur vous a arrachée du toit de vos pères pour vous jeter sur notre pauvre terre de France, en proie aux guerres civiles et aux désastres qu'enfantent les partis ; vous refusez de me prendre dans votre escorte...

— J'ai trop d'espoir en votre avenir pour exposer votre tête à des périls sans nombre... Vous parliez des partis qui déchirent la France, M. de Gourdon... apprenez que nous ne sommes pas, vous et moi, du même parti.

— Quoi ! étrangère, avez-vous donc aussi votre drapeau parmi nous ?

— Vous êtes pour le roi de Navarre, et moi pour le... roi de... France.

La Vénitienne n'acheva sa phrase qu'avec un

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